09/12/2009

"le monologue d'Adramélech" de Valère Novarina

Mon article

 

ici

 

sur le site du Souffleur

"Merlin ou la terre dévastée" de Tankred Dorst

Mon article

 

ici

 

sur le site du Souffleur.

 

Un spectacle fantastique que je recommande à tout le monde, une des meilleures choses que j'ai vues cette année !

25/11/2009

« Versus » de Rodrigo Garcia

 

 

Théâtre du Rond Point jusqu’au 22 novembre 09

 

 

Mise en scène Rodrigo Garcia

 

 

Avec : Patricia Alvarez, David Carpio, Amelia Diaz, Ruben Escamilla, Juan Loriente, Nuria Lloansi, David Pino, Daniel Romero, Victor Vallejo, Isabel Ojeda,

video Ramon Diago,

musique le groupe Chiquita y Chatarra

 

 

Après avoir entendu des bouts de textes et des commentaires, je m’attendais à quelque chose en allant voir ce spectacle. J’avais dans l’idée de voir un vrai moment de subversion et de critiques amères de notre société, et de la pisse, et de la bouffe et des animaux et que sais-je encore, un genre de bordel organisé, un Yves-Noël Genod à l’espagnol, mélangeant l’absurde et le sublime.

 

 

J’ai été servie sur certaines attentes mais aussi franchement déçue. D’un texte subversif, dénonçant notre société de consommation en effet, j’ai trouvé le message dit et redit cent fois, ne m’apportant rien de nouveau. Pisser sur des livres et ensuite se rouler dedans, certes l’instant est drôle et plusieurs petites scènes le sont dans cette proposition, comme lire des messages sur des pâtes ou encore se moquer du gâchis des pizza en enlevant 20 cm de bord. La pièce est une succession de petits tableaux, où chaque comédien vient à tour de rôle jouer quelques minutes. On s’attache, on se court après, on raconte sa vie comme un one man show pour intellectuels, on critique l’art ou l’amour qui est bien sûr un truc hyper cynique et galvaudé… bref aucun des clichés ne sont oubliés.

 

 

Mais où est la remise en question de nous-mêmes dans cela ? J’ai trouvé le message de l’auteur très moralisateur et propagandiste au mauvais sens du terme. Ok on se fait tous des coups de pute dans la vie, et c’est difficile etc. Bon mais ensuite ? On en ressort avec quoi de ces choses que l’on sait ? Avec plus d’espoir ? Sûrement pas… Avec des idées ? non… Avec une manière de dire les choses que l’on n’avait pas encore entendue ? non plus…

Soit l’auteur s’essouffle à force de répéter le même discours et comme il le dit lui-même, avoir plus de moyens l’a assagit et je n’ai pas vue sa meilleure pièce, soit cette forme ostentatoire de dénonciation sans presque pas de transposition, me retirant : et la réflexion, et la distance, et le retour sur soi, et l’imaginaire en somme, n’est pas ma tasse de thé.

 

 

J’ai bien aimé le groupe de rock constitué de deux filles, l’une à la basse et l’autre à la batterie et au chant, vraie performance en soi. Et j’ai été soulagée que le lapin vivant soit mis dans un faux micro ondes et ressorte donc sans heurts, car sinon je serai sortie. Deux heures d’ennui, et rien en sortant qui reste dans ma tête. Dommage.

23/11/2009

« Philoctète » de Heiner Müller

 

 

au théâtre de la Ville jusqu’au 21 novembre 09

 

 

Mise en scène Jean Jourdheuil

 

 

Avec Maurice Bénichou, Marc Barbé et Marc Berman

 

 

Scénographie Mark Lammert

 

 

Une lance tombe du ciel et se plante sur le plateau. Elle représente tant cette langue müllerienne précise, coupée au couteau, intransigeante et touchant au but. Le ton est donné, la mise en scène sera entièrement au service de l’écriture. Jourdheuil rappelons-le, était le traducteur de Heiner Müller et l’a fait connaître en France. Il était vraiment proche de lui, tout comme le scénographe allemand Mark Lammert qui avait déjà fait de la scénographie pour l’auteur.

 

 

Ulysse et Néoptolème complotent, ils veulent récupérer l’arc et les flèche d’Héraclès qui sont invincibles et que Philoctète détient et le convaincre, alors qu’il est abandonné sur une île, de revenir combattre les Troyens. Dix ans qu’il est là et il est blessé, indigent, désespéré, haïssant les Grecs qui l’ont laissé seul, compagnon des vautours. Néoptolème hésitant, le convainc en lui mentant, change d’avis et lorsqu’Ulysse les rejoint, se rend compte de son erreur. Il tue Philoctète qui refusera de les aider jusqu’au bout.

 

 

« Ah si je pouvais me transmuter en un projectile qui tue avec le sentiment de ce qu’il fait ! » Philoctète.

 

 

Au delà du thème de la guerre des hommes, qui perdure toujours ici ou là, sous une forme ou une autre, on entend ici toutes ces paroles sur l’exil, la trahison des siens, la trahison de soi, ou le choix de se rester fidèle. Müller qui connut deux dictatures, peut aborder la tragédie de l’emprisonnement, et de la fidélité aux idées et à soi-même, que l’on doit combattre au delà de tout, au risque de perdre la raison. Derrière l’histoire des grecs, la force des puissants qui détiennent au prix parfois des pires mensonges, le pouvoir sur tant d’humains, résonne la terreur de se tromper aussi lorsque l’on combat un ennemi qui devient une entité immuable. La victoire semble reposer sur la manipulation des foules…

 

 

« Mentir : un devoir ! »

 

 

La mise en scène est d’une grande sobriété et le jeu très simple. Personnellement j’ai passé un moment agréable et ai pu savourer le texte, même si parfois le jeu est un peu intentionnel. J’ai vraiment été sensible à la suggestion des gestes et des mouvements, les comédiens font le signe de s’envoyer une flèche ou de déposer une arme, sans avoir les objets en main. Cette élégance et ce dépouillement m’évoquent l’univers d’Heiner Müller en certains endroits (car pour d’autres il peut aussi être baroque) mais de cette paradoxale froideur bouillonnante, nous ne sommes pas loin.

 

Un joli exercice, qui ne restera pas comme un souvenir impérissable mais qui m’a quand même permis de connaître ce texte.

21/11/2009

« Candide » d’après Voltaire, écriture Yves Laplace

 

 

Au Nouveau Théâtre de Montreuil jusqu’au 8 décembre 09

 

 

Mise en scène Hervé Loichemol

 

Avec François Allaz, Hubertus Bierman, Juan Antonio Crespillo, Anne Durand, Michel Kullmann, William Nadylam, Daniel Perrin et Barbara Tobola.

 

 

Scénographie Pierre-André Weitz

 

 

C’est une jolie promenade que nous faisons là, pendant deux heures, aux rythmes exaltés des pas du fougueux Candide, le suivant dans son voyage initiatique, parcours de vie. Le Candide de Voltaire, réécrit par Yves Laplace pour en faire une pièce, Candide joué par un brillant William Nadylam. Pied de nez et parti pris, au Candide « candidus » qui signifie « blanc », le comédien principal est donc noir.

 

 

L’histoire en elle-même est proche du conte original, on y retrouve l’amoureuse Cunégonde qui se retrouvera prostituée après le massacre de sa famille, le maître et percepteur Pangloss qui en sauvant Candide perdra sa vie, le frère de Cunégonde devenu prêtre, soupçonné d’aimer les (petits) garçons, Martin le compagnon d’infortune et de fortune plumé par les Rois, Cacambo le valet affranchi etc… La succession des malheurs du héros et son voyage autour du monde, et des mauvaises rencontres, jusqu’à une fin plus paisible, mais entachée par les épreuves de la vie.

 

 

La scénographie de Pierre-André Weitz est tout de suite reconnaissable, tournoyant malicieusement tout au long de la pièce, pour construire au fur et à mesure les décors, manipulés astucieusement par les comédiens eux-mêmes. Une petite trouvaille de metteur en scène est de rajouter de la musique, jouée par les comédiens, rajoutant une dimension saltimbanque à la pièce.

 

 

Didactique mais joyeux, bien joué et virevoltant, Voltaire (joué par une femme : on casse les concepts) apparaît à la fin tel un témoin amusé, remettant quelques idées en place et c’est assez savoureux.

 

 

Néanmoins j’ai eu un petit souci sur l’interprétation du message Voltairien. Sans que le théâtre ne soit nécessairement l’occasion de réactualiser les propos, liés à des époques révolues, il me semble que la réécriture passe peut-être ici à côté d’une occasion. A l’époque des Lumières, les discours des penseurs étaient éminemment politisés et suggéraient « une raison éclairée » contre un pensée formatée par la religion, l’irrationnel, la morale et l’ordre politique établi. Précurseurs de ce que sera la révolution française par la suite.

Voltaire étaient révolté par ce qu’il nommait « les atrocités inutiles » de la vie et des humains sur les humains et il abordait cela parfois de manière lui-même assez naïve.

 

Du coup je n’ai pas compris si ce qui frise avec des clichés glissants (le prêtre est pédophile, le racisme est ambiant, le juif est dans la luxure, les femmes se prostituent pour s’en sortir, les hommes de pouvoir et les prêtres sont corrompus, l’imam est de mauvaise foi etc.) qui pourraient êtres mal interprétés, sont voulus. Par exemple le maître noir qui affranchit l’esclave blanc c’est une jolie idée, mais l’homme le plus malheureux du monde représenté par un éditeur pourri au chômage ça me paraît déplacé. Ou les prêtres habillés Ku Klux Klan pourquoi pas, mais les femmes qui couchent avec des singes, je ne vois pas. A l’époque le politiquement correct n’existait pas et les propos de Voltaire qui, même justifiés, étaient très grossiers et réducteurs dans leur forme. Pouvons-nous nous permettre cela aujourd’hui sans nuancer le propos, telle est mon interrogation.

 

 

Ce qui est certain c’est que cela résonne d’une cruelle actualité, et que nous en ressortons avec des questions d’aujourd’hui, mais j’aurais souhaité que la réactualisation soit peut-être plus claire même si la tentative y est.

14/11/2009

« Sextett » de Remi De Vos

Théâtre du Rond Point jusqu’au 14 novembre 09

 

 

Mise en scène, scénographie et costumes Eric Vigner

 

Avec : Anne-Marie Cadieux, Marie-France Lambert, Micha Lescot, Maria de Medeiros, Johanna Nizard et Jutta Johanna Weiss.

 

 

Tout au début je me suis sentie comme dans une pièce d’Hubert Colas, un grand décor très enveloppant, une silhouette d’homme très mince, très brun un peu féminin apparaissant. Comme dans « Sans Faim » un décor années 70 et un comédien qui pourrait être Manuel Valade ou Thierry Raynaud. Mais très rapidement j’oublie cette sensation car le burlesque délicat de l’écriture et de la mise en scène sont d’une totale autre signature.

 

 

Simon a perdu sa mère et il revient en compagnie d’une collègue de bureau dans la maison de son enfance. La chienne des voisins détruit le tapis de fleurs et les voici qui débarquent pour s’excuser. Simon se retrouve entouré de femmes, le désirant de mille manières. Sa collègue, avec laquelle il aime danser, toute guindée et qui s’offre à lui, les deux voisines ensuite, sortes de fausses jumelles chanteuses, qui auraient connu ses parents, une jeune femme tout en plastique qui représente ses fantasmes de jeune homme et la chienne des voisines tant qu’on y est…

 

 

L’écriture est vraiment drôle et surprenante même si au milieu j’ai senti quelques longueurs. La parole est en levée et les répliques entre intimité de la pensée et tentative de secouer légèrement l’autre, pour se retrancher un peu la phrase suivante, ou au contraire retourner au combat. La mise en scène est tellement en harmonie avec le texte et le comédien principal Micha Lescot, que l’on comprend que cette équipe a l’habitude de travailler ensemble.

 

 

Pour une fois j’ai trouvé tous les comédiens bons et justes, originaux et cherchant vraiment à apporter une personnalité à leur personnage. La jeune Sarah, sorte de poupée en latex, toute refaite est exceptionnelle, changeant de voix constamment, chantant en arabe alors qu’elle représente le ridicule des femmes américaines siliconées. Elle est à elle seule tout le burlesque de cette création, relayée ensuite par la femme chien, qui bave de manière fort classe.

 

 

Un très bon moment, un magnifique décor flamboyant, une moquette sur laquelle le personnage masculin aime glisser, comme il louvoie entre ses fantasmes et ses peurs, des révélations sur ses parents et sur la sexualité débridée de chacun, nous pouvons nous raconter notre histoire. Il y avait longtemps que je n’avais pas vu quelque chose d’aussi enthousiasmant, et surtout un projet réussi du début à la fin. Même les moments musicaux sont très savoureux et charmant, et les petites balades dans toutes les langues apportent un plus à une œuvre qui étant la suite d’une précédente, nous pouvons espérer être aussi le deuxième épisode d’une longue série…

 

Bande Annonce : ici sur Dailymotion

 

 

07/11/2009

« Golgotha » de Steven Cohen

 

 

Beaubourg jusqu’au 7 novembre 09

 

 

Extraordinaire Performer et danseur, qui nous présente ici un travail plutôt « sage » par rapport à ce qu’il fait d’ordinaire (mot à contre sens pour lui, qui a l’habitude de se mettre des choses dans l’anus, ou de se balader en chandelier Queer dans les bidonvilles de la banlieue de Johannesburg). Juif, homosexuel, trans-queer, plasticien, danseur et créateur de costumes et de chaussures importables, Steven Cohen d’origine d’Afrique du Sud, vit maintenant en France.

 

 

Nous sommes accueillis par d’immenses photos de lui portant des chaussures faites de têtes de morts réelles. Une grande croix chrétienne faite de lampes kitsch est recréée sur le sol et est entourée d’un côté de deux robes crées par l’artiste (dont l’une est en squelettes) et de l’autre par une sorte d’installation qui semble être un « arnachage » de torture.

 

Sur l’immense mur du fond seront projetées les images d’un film tourné dans les rues de New York, où Steven Cohen se promène, habillé en yuppie, chaussant ses chaussures-crânes, admiré par les passants incrédules. Tant d’images et d’interprétations m’assaillent…

 

 

Soudain l’artiste apparaît, derrière un écran tactile qu’il effleure, je le remercie mentalement d’arriver avec une telle douceur et de nous préparer à sa venue. Je suis totalement sous tension du début à la fin, comme en apnée, tant il est impressionnant et tant l’atmosphère est chargée d’inquiétude. Pourtant il véhicule une telle douceur, fait tous ses gestes avec élégance et délicatesse. Maquillé de papillons, le crâne rasé, il entre en robe de ballerine noire, sur des chaussures qu’il a collées sur des sabots de cheval. Il porte un gramophone, puis se dévêt. Il revient en scaphandrier d’un autre siècle, marchant avec peine, sa respiration portée en micro dans toute la salle. Il écrasera une à une les lampes qui constituent la croix, avec tant de difficultés et de lenteur, mais aussi de détermination, que j’en suffoque. Ce qui est incroyable c’est la poésie, la finesse de ses mouvements et l’horreur de tout ce qu’il dénonce. Il prend le temps, il décompose ses mouvements, la salle retient son souffle, dans l’alternance de musique et de silence dans laquelle il évolue, changeant de costumes, passant du film à la scène, mélangeant l’absurde, l’horreur et la beauté. Il finira suspendu à sa machine infernale, avec ses chaussures de crânes, récitant des noms en hébreu.

 

 

Après chacune de ses petites scènes, il laissera sur place ses chaussures et ses costumes, comme une petite exposition à visiter pour nous.

 

 

C’est un moment merveilleux que j’ai vécu là, dans une tension voluptueuse, terrorisée par l’instant qui suivra, je ne vous raconte pas tout. Suspendue à chacun de ses pas délicats, je repense à ce qu’il dit sur le fait de montrer ce qu’on ne voit jamais, s’indigner du commerce des morts, exhiber ce qu’on est jusqu’au bout, assumer la mort telle que nous la vivons dans notre monde moderne, avec un déni mêlé de mépris. J’aime les performances dans ce qu’elles ont d’extrêmes et d’engageant, d’intensité et de beauté, comme autant de mots en moins et d’images en plus, gravées pour toujours.

 

 

Il faut se ruer le 7 étant le dernier jour et sinon la performance sera visible sur le site d’Arte.tv pendant quelques temps et regarder pour les plus curieux ses anciens travaux sur le net.

 

IMG_0061.JPG

 

29/10/2009

« Parcours Phèdre / Hippolyte » de Robert Garnier et Jean Racine

 

Du 16 au 25 octobre 09 au 104

Mise en scène Robert Cantarella (Garnier)

Et Frédéric Fisbach (Racine)

 

 

Avec : Robert Cantarella, Frédéric Fisbach, Johanna Korthals-Altes, Laure Mathis, Nicolas Maury et Emilien Tessier.

 

 

 

 

Au départ j’avais assisté aux répétitions (très préparées et cadrées) de ces deux spectacles qui s’enchaînent, avec les mêmes comédiens, Garnier en première puis Racine.

J’avais adoré le « cours » qu’avait fait Cantarella sur la différence d’écriture, et d’époque entre les deux auteurs. La mise en lumière d’un Garnier très organique, plus proche de la matière, et plus immédiat, aux personnages pleins de fougue, et un Racine apeuré par le regard du Roi, plus réservé et plus désespéré, aux personnages connaissant leur destinée.

 

Les spectateurs disposés en U avec les comédiens jouant au centre, et reculant jusqu’au bout de l’immense atelier 04, quelques casques à disposition pour écouter le « mix » sonore de Alexandre Meyer en direct. Des habits d’aujourd’hui, la nourrice faisant la cuisine pendant la représentation, tous les comédiens sur le plateau, bref les ingrédients parfaits d’une mise en scène « moderne » ou cherchant à l’être sont réunis.

Je plonge directement dans l’extase emmenée par Nicolas Maury que je trouve extraordinaire, qui fait entendre le vers et le sens comme rarement j’ai entendu, avec une douceur et une force combinées, une fragilité et une maîtrise rares. Il est surprenant à chaque instant, nous secoue dès qu’il peut, plus que servir le texte il EST Hippolyte, dans chaque recoin de ses regards, de ses gestes. Il est suivi dans ses pas époustouflants par la sublime Johanna Korthals-Altes qui partage cette tessiture de jeu, avec autant de nuances et de folie. Elle est particulièrement phénoménale dans son adresse désespérée d’amour qu’elle jette en mots criés au public médusé.

Malheureusement je retombe avec les autres comédiens que j’ai trouvés plus communs, mais surtout dans l’expérience qui m’a été pénible, d’un Frédéric Fisbach qui joue le messager en faisant des grands gestes et des cris dignent du théâtre de boulevard. J’étais ce jour accompagnée d’une Australienne ne parlant pas français, qui pensa la même chose que moi des comédiens. Comme quoi il n’est pas besoin de parler forcément la langue pour savourer le travail de chacun.

 

La deuxième partie, Phèdre de Racine, est lue, le texte est projeté sur les murs. Il n’y a quasiment pas de jeu chez les comédiens qui malgré tout sont d’une sobriété agréable et qui parfois est quittée quelques instants, de manière juste. Le travail a été sur la langue, les vers sont découpés autrement et des silences sont intégrés, des syllabes soulignées, des e re muets… etc bref, comme un travail de partition. Je me suis totalement ennuyée sur ce passage, après l’envol du Garnier, la mollesse de ce traitement de Racine est accablante et surtout semble vaine, ou cherchant faussement un contre-poids.

 

No comment sur l’organisation du 104 et ce qui est présenté depuis un an, je trouve l’endroit complètement sous exploité et ne tenant pas ses promesses d’accessibilité de la culture, ni pour les uns ni pour les autres. La communication restant obscures et les facilités inexistantes.

 

A suivre donc ces deux comédiens absolument incroyables Nicolas Maury et Johanna Korthals-Altes.

29/09/2009

« Le Cauchemar » de Jean-Michel Rabeux

Théâtre de la Bastille jusqu’au 17 octobre 2009

 

Mise en scène Jean-Michel Rabeux

Avec Claude Degliame, Eugène Durif et Vimala Pons

 

C’est une femme « Dyonisiaque », clocharde, pute, mère et nue qui répond aux questions d’un improbable homme-femme-juge, représentant l’humanité, ou sa part jugeante et condamnante.

Procès découpé en journées, on énumère ses crimes. De quoi l’accuse-t-on ? D’avoir tué sa mère, d’avoir couché avec son père et aimé ce dernier, d’avoir voulu tuer sa fille ? Pourquoi l’accuse-t-on ? Parce qu’elle est victime ou bourreau ? Parce qu’elle est humaine et prise dans les folles extrêmes des sentiments humains, démesurément réels ? L’homme-question, joué par Eugène Durif, représente l’hypocrisie de l’humanité qui nie n’avoir jamais désiré tous ces crimes. La Question, qui n’est pas sans rappeler La Torture. La femme est la réalité du cauchemar que peut prendre l’humain dans son rapport dément à l’amour et à la mort.

 

Les questions du procès de la vie, font répondre «Eglantine » à la troisième personne, comme si elle se désincarnait de sa propre histoire, entre témoin hallucinée et refus de sa présence au monde. Les questions sont parfois absurdes, les juges ne le sont-ils pas ? « Qui préférez-vous mort ? La mère ou le père ? » les questions des humains aux autres humains, harcelants pour une réponse normative, ne sont-elles pas absurdes ? Les réponses du pire de la vie sont pourtant bien réelles en comparaison. Le plateau est chargé de caméras et de télévisions qui rendent compte tels des perpétuels regards obscènes de ce procès, d’intentions ?

 

Le texte est magnifique et dense, il faudrait lire et relire ou revoir ce qui se passe pour en savourer toute la violence du propos, l’exactitude des images, la profondeur des méandres.

 

« Mon père qui entrait en moi tant de fois n’y entrait jamais pour chasser les humains ».

 

Peut-on être coupable d’aimer trop ? Peut-on juger ceux qui n’agissent que par amour et ne jugent pas ? Peut-on entendre ceci ?

Le père meurt dans ses bras, en jouissant et de leur union naîtra la fille. On accuse Eglantine de ne pas avoir arrêté tout cela. « Je remercie Dieu de m’avoir tuée vivante » se défend-elle. Claude Degliame est sublime et porte du bout de ses membres et de sa voix tremblotants cette position intenable, ces questions insoutenables, cette vie inconcevable. L’œil du spectateur qui pourrait s’ouvrir sur la possibilité de s’extraire du jugement, de regarder l’indicible avec l’envie de tolérer l’intolérable. Est-ce le projet de ce metteur en scène furieux qui se rêve transparent ?

 

« La Question : Comment désirer ces infamies ?

Eglantine : Je désire les infamies que la mort met en nous. »

 

La mort présente tout du long, comme un personnage d’ultime justification, n’est-ce pas elle la pire d’entre nous ? la plus absurde, la plus cruelle, le juge ultime ? Alors si « naître est une giclée d’un ventre à un autre, dans un trou entre la pisse et la merde » qu’est-ce que vivre ?

 

Enfin la fille subit le même sort de questionnements incessants. La comédienne Vimala Pons est juste incroyable de fébrilité, nous sommes suspendus à son souffle. Comme abattue par cet héritage, ce poids invraisemblable de la vie et de sa naissance incestueuse, elle tente de garder la tête haute face aux questions. Qui est victime, qui est bourreau ? « De quel droit n’avez-vous pas tué vos parents criminels ? ». La loi du talion et Dieu n’est pas loin. Voilà que La Question se fait sentence et la jeune femme doit sauver sa mère en se prêtant à toutes sortes d’absurdités qu’elle exécute en s’excusant. Voilà l’absurdité de la vie exigée par les humains.

 

On sort dans un silence de morts, la tension est palpable. Nous sommes venus entendre l’inaudible, le temps s’est distendu. D’aucuns trouveront cela trop, mais la vie, n’est-ce pas trop ? Le théâtre est-il fait pour nous endormir ou nous réveiller ? Si les artistes nous révèlent le monde et nous montrent à travers leurs yeux ce que parfois nous refusons de voir, alors Jean-Michel Rabeux réussit ici à modifier encore mon regard. Bien sûr qui cherche le confort et le consensus ne se sentira pas à l’aise face à cette pièce désarmante d’intensité. Ce n’était pas possible de ne pas aller jusqu’au bout de l’horreur, ce n’était pas possible de s’arrêter en chemin ou alors tout aurait été vain. Il fallait cet extrême pour supporter ces messages inadmissibles.

 

Finalement Eglantine et sa fille sont innocentes lorsque l’on comprend bien, et pourtant à chaque souffle, accusées. Comme pourrait l’être Jean-Michel Rabeux : coupable de vouloir nous secouer autant, ou innocent d’être un humain qui crie son paradoxe d’amour et d’horreur ?

 

Allez-y, allez voir du théâtre, du vrai, celui dont on ressort avec plus de questions qu’en y entrant. 

18/09/2009

« Ordet » de Kaj Munk



Théâtre du Rond Point jusqu’au 10 octobre 2009
Mise en scène Arthur Nauzyciel
Avec : Pierre Baux, Xavier Gallais, Benoit Giros, Pascal Greggory, Frédéric Pierrot, Laure Roldan de Montaud, Marc Toupence, Christine Vézinet, Catherine Vuillez, Jean Marie Winling et en alternance une petite fille : Julia Campos de Medeiros, Marie Conort ou Loriane Conort. Ainsi que les chanteurs de l’ensemble Organum Mathilde Daudy, Antoine Sicot et Marcel Pérès ou Frédéric Tavernier.

Cela commence par du name dropping, en grand : le nom du metteur en scène sur le programme qui surplombe tous les autres, même l’auteur. La traductrice, Marie Darrieussecq citée comme jamais aucun traducteur ne l’est, comme si elle avait écrit la pièce elle-même. Ca continue par l’ordre des comédiens annoncés dans le programme, dans un ordre autre qu’alphabétique. Lequel alors ? Chacun jugera ceci comme il veut, nous entrons dans un projet où Dieu et la Foi sont les sujets principaux, « la Parole » ou « le Verbe » d’ailleurs comme première traduction du Danois « le mot », celui de dire.

Cette pièce raconte la confrontation de deux familles danoises qui n’ont pas la même manière de voir leurs relations à Dieu. Deux de leurs enfants sont amoureux et l’un des pères refuse le mariage, invoquant cette différence. Et puis un fils qui a perdu la raison, ne cesse de reprocher à tous leur manque de foi. Il finira par réaliser un miracle, en ramenant à la vie, tel un Jésus moderne, la belle fille morte en couches.
Alors quand on met en scène une pièce qui se nomme « la Parole », au sens primaire du terme, en lui retirant le sens « au commencement était le Verbe », pour moi, on réfléchit à qui l’on s’adresse.
La réflexion sur la religion, la croyance, la mise en œuvre de son rapport à Dieu, et la confiance que l’on a en lui, au moment où l’on perd un être cher, et le regard différent des uns et des autres, la tolérance en somme sur l’intime de la Foi, tout ces thèmes sont abordés ici. Mais je m’interroge sur le public qui va recevoir cette réflexion. Qui va aller voir « Ordet » au théâtre du Rond Point, ou qui l’a vu au Cloître des Carmes en Avignon, quel est le public ? C’est un bien beau texte tout en religion, écrit par un pasteur assez conservateur, avec des pointes d’humour plutôt rafraîchissantes. La parole qui délivre, mais de quoi ? Aujourd’hui pouvons-nous dire que nous attendons une parole délivrante ? Oui sans doute, mais de Dieu ? C’était le cas de l’auteur qui s’adressait à un public qu’il cherchait à remuer dans sa foi et à la veille de l’invasion des Nazis… Aujourd’hui pourquoi ce texte et surtout dans quelle forme ? Qu’en reste – t il ?

Cette mise en scène est d’un ennui terrifiant. Tout ceci est soutenu par une chorale et des moments de litanies qui nous ont tous sans doute rappelé la messe. Et l’ennui qui va avec, c’est sans doute la meilleure manière de nous ramener à Dieu !
Alors on fait du théâtre avec Dieu et on ennui tout le monde, on tue la parole qui est le verbe, l’annonciation, la délivrance avec une lenteur toute glacée. On effleure la folie sans savoir par où la prendre et finalement tout se résume au manque de Foi…

Le théâtre est le lieu de tous les discours et de tous les projets pour peu qu’il anime et là je me suis vraiment endormie. On se pose la question de la prise de Parole, de la légitimité de la Parole, d’à qui s’adresse la Parole… Mais pour cela elle doit être entendue ! Et pour entendre une parole dans un monde bruyant et mou il faut secouer les pruniers !
Voilà un bel endormissement de lauriers, une messe dite à des vieillards et le tour est joué. Aucune prise de risque et aucun tintement de clochettes. On se serait cru entendre le sermon. Sans doute pour cela que plein de gens sont partis entre les panneaux.

Dans cela j’ai bien aimé les costumes et le décor. Les comédiens sont bons, particulièrement Pascal Greggory très juste et savoureux ce qui m’a permis de rester jusqu’au bout. Difficile pour eux d’être convaincants sur une scène si peu convaincante. Ce n’est pas ce soir que nous nous poserons de nouvelles questions sur notre Foi, présente ou absente.

Toutes les notes