18/09/2009
« Ordet » de Kaj Munk
Théâtre du Rond Point jusqu’au 10 octobre 2009
Mise en scène Arthur Nauzyciel
Avec : Pierre Baux, Xavier Gallais, Benoit Giros, Pascal Greggory, Frédéric Pierrot, Laure Roldan de Montaud, Marc Toupence, Christine Vézinet, Catherine Vuillez, Jean Marie Winling et en alternance une petite fille : Julia Campos de Medeiros, Marie Conort ou Loriane Conort. Ainsi que les chanteurs de l’ensemble Organum Mathilde Daudy, Antoine Sicot et Marcel Pérès ou Frédéric Tavernier.
Cela commence par du name dropping, en grand : le nom du metteur en scène sur le programme qui surplombe tous les autres, même l’auteur. La traductrice, Marie Darrieussecq citée comme jamais aucun traducteur ne l’est, comme si elle avait écrit la pièce elle-même. Ca continue par l’ordre des comédiens annoncés dans le programme, dans un ordre autre qu’alphabétique. Lequel alors ? Chacun jugera ceci comme il veut, nous entrons dans un projet où Dieu et la Foi sont les sujets principaux, « la Parole » ou « le Verbe » d’ailleurs comme première traduction du Danois « le mot », celui de dire.
Cette pièce raconte la confrontation de deux familles danoises qui n’ont pas la même manière de voir leurs relations à Dieu. Deux de leurs enfants sont amoureux et l’un des pères refuse le mariage, invoquant cette différence. Et puis un fils qui a perdu la raison, ne cesse de reprocher à tous leur manque de foi. Il finira par réaliser un miracle, en ramenant à la vie, tel un Jésus moderne, la belle fille morte en couches.
Alors quand on met en scène une pièce qui se nomme « la Parole », au sens primaire du terme, en lui retirant le sens « au commencement était le Verbe », pour moi, on réfléchit à qui l’on s’adresse.
La réflexion sur la religion, la croyance, la mise en œuvre de son rapport à Dieu, et la confiance que l’on a en lui, au moment où l’on perd un être cher, et le regard différent des uns et des autres, la tolérance en somme sur l’intime de la Foi, tout ces thèmes sont abordés ici. Mais je m’interroge sur le public qui va recevoir cette réflexion. Qui va aller voir « Ordet » au théâtre du Rond Point, ou qui l’a vu au Cloître des Carmes en Avignon, quel est le public ? C’est un bien beau texte tout en religion, écrit par un pasteur assez conservateur, avec des pointes d’humour plutôt rafraîchissantes. La parole qui délivre, mais de quoi ? Aujourd’hui pouvons-nous dire que nous attendons une parole délivrante ? Oui sans doute, mais de Dieu ? C’était le cas de l’auteur qui s’adressait à un public qu’il cherchait à remuer dans sa foi et à la veille de l’invasion des Nazis… Aujourd’hui pourquoi ce texte et surtout dans quelle forme ? Qu’en reste – t il ?
Cette mise en scène est d’un ennui terrifiant. Tout ceci est soutenu par une chorale et des moments de litanies qui nous ont tous sans doute rappelé la messe. Et l’ennui qui va avec, c’est sans doute la meilleure manière de nous ramener à Dieu !
Alors on fait du théâtre avec Dieu et on ennui tout le monde, on tue la parole qui est le verbe, l’annonciation, la délivrance avec une lenteur toute glacée. On effleure la folie sans savoir par où la prendre et finalement tout se résume au manque de Foi…
Le théâtre est le lieu de tous les discours et de tous les projets pour peu qu’il anime et là je me suis vraiment endormie. On se pose la question de la prise de Parole, de la légitimité de la Parole, d’à qui s’adresse la Parole… Mais pour cela elle doit être entendue ! Et pour entendre une parole dans un monde bruyant et mou il faut secouer les pruniers !
Voilà un bel endormissement de lauriers, une messe dite à des vieillards et le tour est joué. Aucune prise de risque et aucun tintement de clochettes. On se serait cru entendre le sermon. Sans doute pour cela que plein de gens sont partis entre les panneaux.
Dans cela j’ai bien aimé les costumes et le décor. Les comédiens sont bons, particulièrement Pascal Greggory très juste et savoureux ce qui m’a permis de rester jusqu’au bout. Difficile pour eux d’être convaincants sur une scène si peu convaincante. Ce n’est pas ce soir que nous nous poserons de nouvelles questions sur notre Foi, présente ou absente.
16:19 Publié dans théâtre / spectacle vivant | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : ordet, kaj munk, arthur nauzyciel


