18/08/2008
"Tulipe ou la prostestation" pièce de Romain Gary
Romain Gary « Tulipe ou la protestation »
Par hasard j’ai découvert hier une pièce de Romain Gary que je ne connaissais pas, et pour cause elle est inédite et a été publiée l’année dernière pour la première fois. A vrai dire le texte n’est pas si inédit puisqu’il s’agit de la version théâtrale de « Tulipe » récit paru en 1946. A cette époque, Romain Gary correspondait avec Louis Juvet et a voulu lui présenter une version pour le théâtre de son texte. Finalement la pièce ne fut jamais montée.
Ce texte est brillant comme tout ce que fait Gary, mais il a cette particularité d’être d’une actualité inquiétante. Nous sommes au sortir de la guerre (1946) et Tulipe, européen exilé au Etats-Unis, est désespéré par l’état du monde. Outre le racisme ambiant (la situation des noirs américains notamment dont le personnage est entouré et qui représentent l’universalité de l’opprimé), il pleure sur la famine et l’indifférence consternante dont sont capable les humains vis-à-vis des autres humains. A chaque ligne résonne notre situation actuelle, tout y est, l’écologie, l’indifférence, les guerres et les incompréhensions entre les peuples, la mort de Dieu, la science qui ne répond plus, la suprématie américaine… et j’en passe. Un petit rapport historique sur l’humain, que Tulipe lui-même qualifie d’intemporel. Au fur et à mesure de la pièce, qui malgré ce tableau est très drôle car Gary jongle toujours avec l’ironie et frise le burlesque, Tulipe revêt tous les personnages utopistes, semble regarder partout où il y aurait de l’espoir essaye de secouer tout se qui pourrait l’être, rameute, rallie, averti, se transforme en porte parole, en messager, en martyr, bref en tout personnage charismatique en mission pour sauver les êtres, avant de renoncer au monde.
Ce texte fait froid dans le dos comme à chaque fois que l’on s’approche de la vérité, mais l’humour et l’imagination de Gary nous apportent aussi une forme de respiration, même si elle ne peut être que temporaire…
Il va falloir monter cette pièce un jour prochain et il est fort à parier que cela soit dans un an ou 10 ou 100, qu’elle sera toujours d’actualité, hélas.
En attendant ruez vous sur le texte :
Paru chez « Le Manteau d’Arlequin », collection Gallimard.

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