14/11/2009
« Sextett » de Remi De Vos
Théâtre du Rond Point jusqu’au 14 novembre 09
Mise en scène, scénographie et costumes Eric Vigner
Avec : Anne-Marie Cadieux, Marie-France Lambert, Micha Lescot, Maria de Medeiros, Johanna Nizard et Jutta Johanna Weiss.
Tout au début je me suis sentie comme dans une pièce d’Hubert Colas, un grand décor très enveloppant, une silhouette d’homme très mince, très brun un peu féminin apparaissant. Comme dans « Sans Faim » un décor années 70 et un comédien qui pourrait être Manuel Valade ou Thierry Raynaud. Mais très rapidement j’oublie cette sensation car le burlesque délicat de l’écriture et de la mise en scène sont d’une totale autre signature.
Simon a perdu sa mère et il revient en compagnie d’une collègue de bureau dans la maison de son enfance. La chienne des voisins détruit le tapis de fleurs et les voici qui débarquent pour s’excuser. Simon se retrouve entouré de femmes, le désirant de mille manières. Sa collègue, avec laquelle il aime danser, toute guindée et qui s’offre à lui, les deux voisines ensuite, sortes de fausses jumelles chanteuses, qui auraient connu ses parents, une jeune femme tout en plastique qui représente ses fantasmes de jeune homme et la chienne des voisines tant qu’on y est…
L’écriture est vraiment drôle et surprenante même si au milieu j’ai senti quelques longueurs. La parole est en levée et les répliques entre intimité de la pensée et tentative de secouer légèrement l’autre, pour se retrancher un peu la phrase suivante, ou au contraire retourner au combat. La mise en scène est tellement en harmonie avec le texte et le comédien principal Micha Lescot, que l’on comprend que cette équipe a l’habitude de travailler ensemble.
Pour une fois j’ai trouvé tous les comédiens bons et justes, originaux et cherchant vraiment à apporter une personnalité à leur personnage. La jeune Sarah, sorte de poupée en latex, toute refaite est exceptionnelle, changeant de voix constamment, chantant en arabe alors qu’elle représente le ridicule des femmes américaines siliconées. Elle est à elle seule tout le burlesque de cette création, relayée ensuite par la femme chien, qui bave de manière fort classe.
Un très bon moment, un magnifique décor flamboyant, une moquette sur laquelle le personnage masculin aime glisser, comme il louvoie entre ses fantasmes et ses peurs, des révélations sur ses parents et sur la sexualité débridée de chacun, nous pouvons nous raconter notre histoire. Il y avait longtemps que je n’avais pas vu quelque chose d’aussi enthousiasmant, et surtout un projet réussi du début à la fin. Même les moments musicaux sont très savoureux et charmant, et les petites balades dans toutes les langues apportent un plus à une œuvre qui étant la suite d’une précédente, nous pouvons espérer être aussi le deuxième épisode d’une longue série…
Bande Annonce : ici sur Dailymotion
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07/11/2009
« Golgotha » de Steven Cohen
Beaubourg jusqu’au 7 novembre 09
Extraordinaire Performer et danseur, qui nous présente ici un travail plutôt « sage » par rapport à ce qu’il fait d’ordinaire (mot à contre sens pour lui, qui a l’habitude de se mettre des choses dans l’anus, ou de se balader en chandelier Queer dans les bidonvilles de la banlieue de Johannesburg). Juif, homosexuel, trans-queer, plasticien, danseur et créateur de costumes et de chaussures importables, Steven Cohen d’origine d’Afrique du Sud, vit maintenant en France.
Nous sommes accueillis par d’immenses photos de lui portant des chaussures faites de têtes de morts réelles. Une grande croix chrétienne faite de lampes kitsch est recréée sur le sol et est entourée d’un côté de deux robes crées par l’artiste (dont l’une est en squelettes) et de l’autre par une sorte d’installation qui semble être un « arnachage » de torture.
Sur l’immense mur du fond seront projetées les images d’un film tourné dans les rues de New York, où Steven Cohen se promène, habillé en yuppie, chaussant ses chaussures-crânes, admiré par les passants incrédules. Tant d’images et d’interprétations m’assaillent…
Soudain l’artiste apparaît, derrière un écran tactile qu’il effleure, je le remercie mentalement d’arriver avec une telle douceur et de nous préparer à sa venue. Je suis totalement sous tension du début à la fin, comme en apnée, tant il est impressionnant et tant l’atmosphère est chargée d’inquiétude. Pourtant il véhicule une telle douceur, fait tous ses gestes avec élégance et délicatesse. Maquillé de papillons, le crâne rasé, il entre en robe de ballerine noire, sur des chaussures qu’il a collées sur des sabots de cheval. Il porte un gramophone, puis se dévêt. Il revient en scaphandrier d’un autre siècle, marchant avec peine, sa respiration portée en micro dans toute la salle. Il écrasera une à une les lampes qui constituent la croix, avec tant de difficultés et de lenteur, mais aussi de détermination, que j’en suffoque. Ce qui est incroyable c’est la poésie, la finesse de ses mouvements et l’horreur de tout ce qu’il dénonce. Il prend le temps, il décompose ses mouvements, la salle retient son souffle, dans l’alternance de musique et de silence dans laquelle il évolue, changeant de costumes, passant du film à la scène, mélangeant l’absurde, l’horreur et la beauté. Il finira suspendu à sa machine infernale, avec ses chaussures de crânes, récitant des noms en hébreu.
Après chacune de ses petites scènes, il laissera sur place ses chaussures et ses costumes, comme une petite exposition à visiter pour nous.
C’est un moment merveilleux que j’ai vécu là, dans une tension voluptueuse, terrorisée par l’instant qui suivra, je ne vous raconte pas tout. Suspendue à chacun de ses pas délicats, je repense à ce qu’il dit sur le fait de montrer ce qu’on ne voit jamais, s’indigner du commerce des morts, exhiber ce qu’on est jusqu’au bout, assumer la mort telle que nous la vivons dans notre monde moderne, avec un déni mêlé de mépris. J’aime les performances dans ce qu’elles ont d’extrêmes et d’engageant, d’intensité et de beauté, comme autant de mots en moins et d’images en plus, gravées pour toujours.
Il faut se ruer le 7 étant le dernier jour et sinon la performance sera visible sur le site d’Arte.tv pendant quelques temps et regarder pour les plus curieux ses anciens travaux sur le net.
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02/11/2009
« Qui est Monsieur Schmitt ? » de Sébastien Thiéry
au théâtre de la Madeleine
mise en scène José Paul et Stéphane Cottin
avec Raphaëline Goupilleau, Richard Berry, Chick Ortega, Sébastien Thiéry et Jean-Luc Joseph.
Avec l’école (mon école de théâtre Auvray-Nauroy), nous avons été invités à participer à l’émission de Michel Field sur TF1 et pour cela chacun d’entre nous a du aller voir un film ou une pièce ou lire un livre… Afin de poser des questions aux invités en promo sur le plateau. J’ai donc été voir cette pièce avec deux camarades…
C’est une pièce de boulevard comme j’évite en général d’aller voir avec des rires environ toutes les deux minutes, le « truc » qui marche, réglé comme du papier à musique.
Un couple se rend compte un soir au dîner qu’il n’est pas chez lui. Tout d’un coup les livres ne sont pas à eux, les tableaux au mur non plus etc… Situation absurde s’il en est, ils sont apparemment au Luxembourg, chez les Schmitt. La police s’en mêle et les voilà obligés de mentir pour se faire passer pour les Schmitt.
Je n’ai rien à dire sur le jeu des comédiens car pour ce genre de pièce il faut être intelligible et coller à un personnage. Je n’ai pas beaucoup ri, j’ai même été assez choquée par des propos limite racistes faisant rire tout le monde… Je suis un peu surprise qu'il faille se mettre à deux pour faire de la "non mise en scène", car on en sent pas les effets...
La fin est super choquante car Richard Berry finit par être le seul à croire encore qu’il n’est pas Monsieur Schmitt et il se tue. Et tout le monde applaudit… Voilà, terminé… Que c’est drôle un homme qui perd la boule et qui se suicide… Je crois que je suis trop habituée à voir des choses sérieuses et dramatiques sur le plateau pour rentrer dans la grosse machine du sans penser des comédies du 8e… J’ai été plus que consternée lorsque j’ai rencontré l’auteur à l’émission, qui a avoué sans mal qu’il cherchait à réussir dans ce métier et qu’il utilisait donc les ficelles qui marchent. « Du racisme ? pensez vous les gens rient quand on se moque du voisin… Une fin dramatique ? oh et bien il fallait un peu de changement pour que les gens ne s’ennuient pas… » Je ne sais pas s’il faut se réjouir de son honnêteté ou en pleurer…
J’en suis ressortie affligée, car c’est ça le théâtre qui remplit les salles à 30 ou 50 euro la place…
Vraiment triste.
PS : Spéciale dédicace à Michel Field qui a glissé à l’oreille d’une auteure qui avait été critiquée par les élèves qui n’avaient pas aimé son livre « oh vous savez, ce sont des comédiennes, elles sont un peu ici dans l’idée de passer un casting… »
09:56 Publié dans divers / humeurs | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : sébastien thiéry
29/10/2009
« Parcours Phèdre / Hippolyte » de Robert Garnier et Jean Racine
Du 16 au 25 octobre 09 au 104
Mise en scène Robert Cantarella (Garnier)
Et Frédéric Fisbach (Racine)
Avec : Robert Cantarella, Frédéric Fisbach, Johanna Korthals-Altes, Laure Mathis, Nicolas Maury et Emilien Tessier.
Au départ j’avais assisté aux répétitions (très préparées et cadrées) de ces deux spectacles qui s’enchaînent, avec les mêmes comédiens, Garnier en première puis Racine.
J’avais adoré le « cours » qu’avait fait Cantarella sur la différence d’écriture, et d’époque entre les deux auteurs. La mise en lumière d’un Garnier très organique, plus proche de la matière, et plus immédiat, aux personnages pleins de fougue, et un Racine apeuré par le regard du Roi, plus réservé et plus désespéré, aux personnages connaissant leur destinée.
Les spectateurs disposés en U avec les comédiens jouant au centre, et reculant jusqu’au bout de l’immense atelier 04, quelques casques à disposition pour écouter le « mix » sonore de Alexandre Meyer en direct. Des habits d’aujourd’hui, la nourrice faisant la cuisine pendant la représentation, tous les comédiens sur le plateau, bref les ingrédients parfaits d’une mise en scène « moderne » ou cherchant à l’être sont réunis.
Je plonge directement dans l’extase emmenée par Nicolas Maury que je trouve extraordinaire, qui fait entendre le vers et le sens comme rarement j’ai entendu, avec une douceur et une force combinées, une fragilité et une maîtrise rares. Il est surprenant à chaque instant, nous secoue dès qu’il peut, plus que servir le texte il EST Hippolyte, dans chaque recoin de ses regards, de ses gestes. Il est suivi dans ses pas époustouflants par la sublime Johanna Korthals-Altes qui partage cette tessiture de jeu, avec autant de nuances et de folie. Elle est particulièrement phénoménale dans son adresse désespérée d’amour qu’elle jette en mots criés au public médusé.
Malheureusement je retombe avec les autres comédiens que j’ai trouvés plus communs, mais surtout dans l’expérience qui m’a été pénible, d’un Frédéric Fisbach qui joue le messager en faisant des grands gestes et des cris dignent du théâtre de boulevard. J’étais ce jour accompagnée d’une Australienne ne parlant pas français, qui pensa la même chose que moi des comédiens. Comme quoi il n’est pas besoin de parler forcément la langue pour savourer le travail de chacun.
La deuxième partie, Phèdre de Racine, est lue, le texte est projeté sur les murs. Il n’y a quasiment pas de jeu chez les comédiens qui malgré tout sont d’une sobriété agréable et qui parfois est quittée quelques instants, de manière juste. Le travail a été sur la langue, les vers sont découpés autrement et des silences sont intégrés, des syllabes soulignées, des e re muets… etc bref, comme un travail de partition. Je me suis totalement ennuyée sur ce passage, après l’envol du Garnier, la mollesse de ce traitement de Racine est accablante et surtout semble vaine, ou cherchant faussement un contre-poids.
No comment sur l’organisation du 104 et ce qui est présenté depuis un an, je trouve l’endroit complètement sous exploité et ne tenant pas ses promesses d’accessibilité de la culture, ni pour les uns ni pour les autres. La communication restant obscures et les facilités inexistantes.
A suivre donc ces deux comédiens absolument incroyables Nicolas Maury et Johanna Korthals-Altes.
22:57 Publié dans théâtre / spectacle vivant | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : johanna korthals-altes, nicolas maury
29/09/2009
« Le Cauchemar » de Jean-Michel Rabeux
Théâtre de la Bastille jusqu’au 17 octobre 2009
Mise en scène Jean-Michel Rabeux
Avec Claude Degliame, Eugène Durif et Vimala Pons
C’est une femme « Dyonisiaque », clocharde, pute, mère et nue qui répond aux questions d’un improbable homme-femme-juge, représentant l’humanité, ou sa part jugeante et condamnante.
Procès découpé en journées, on énumère ses crimes. De quoi l’accuse-t-on ? D’avoir tué sa mère, d’avoir couché avec son père et aimé ce dernier, d’avoir voulu tuer sa fille ? Pourquoi l’accuse-t-on ? Parce qu’elle est victime ou bourreau ? Parce qu’elle est humaine et prise dans les folles extrêmes des sentiments humains, démesurément réels ? L’homme-question, joué par Eugène Durif, représente l’hypocrisie de l’humanité qui nie n’avoir jamais désiré tous ces crimes. La Question, qui n’est pas sans rappeler La Torture. La femme est la réalité du cauchemar que peut prendre l’humain dans son rapport dément à l’amour et à la mort.
Les questions du procès de la vie, font répondre «Eglantine » à la troisième personne, comme si elle se désincarnait de sa propre histoire, entre témoin hallucinée et refus de sa présence au monde. Les questions sont parfois absurdes, les juges ne le sont-ils pas ? « Qui préférez-vous mort ? La mère ou le père ? » les questions des humains aux autres humains, harcelants pour une réponse normative, ne sont-elles pas absurdes ? Les réponses du pire de la vie sont pourtant bien réelles en comparaison. Le plateau est chargé de caméras et de télévisions qui rendent compte tels des perpétuels regards obscènes de ce procès, d’intentions ?
Le texte est magnifique et dense, il faudrait lire et relire ou revoir ce qui se passe pour en savourer toute la violence du propos, l’exactitude des images, la profondeur des méandres.
« Mon père qui entrait en moi tant de fois n’y entrait jamais pour chasser les humains ».
Peut-on être coupable d’aimer trop ? Peut-on juger ceux qui n’agissent que par amour et ne jugent pas ? Peut-on entendre ceci ?
Le père meurt dans ses bras, en jouissant et de leur union naîtra la fille. On accuse Eglantine de ne pas avoir arrêté tout cela. « Je remercie Dieu de m’avoir tuée vivante » se défend-elle. Claude Degliame est sublime et porte du bout de ses membres et de sa voix tremblotants cette position intenable, ces questions insoutenables, cette vie inconcevable. L’œil du spectateur qui pourrait s’ouvrir sur la possibilité de s’extraire du jugement, de regarder l’indicible avec l’envie de tolérer l’intolérable. Est-ce le projet de ce metteur en scène furieux qui se rêve transparent ?
« La Question : Comment désirer ces infamies ?
Eglantine : Je désire les infamies que la mort met en nous. »
La mort présente tout du long, comme un personnage d’ultime justification, n’est-ce pas elle la pire d’entre nous ? la plus absurde, la plus cruelle, le juge ultime ? Alors si « naître est une giclée d’un ventre à un autre, dans un trou entre la pisse et la merde » qu’est-ce que vivre ?
Enfin la fille subit le même sort de questionnements incessants. La comédienne Vimala Pons est juste incroyable de fébrilité, nous sommes suspendus à son souffle. Comme abattue par cet héritage, ce poids invraisemblable de la vie et de sa naissance incestueuse, elle tente de garder la tête haute face aux questions. Qui est victime, qui est bourreau ? « De quel droit n’avez-vous pas tué vos parents criminels ? ». La loi du talion et Dieu n’est pas loin. Voilà que La Question se fait sentence et la jeune femme doit sauver sa mère en se prêtant à toutes sortes d’absurdités qu’elle exécute en s’excusant. Voilà l’absurdité de la vie exigée par les humains.
On sort dans un silence de morts, la tension est palpable. Nous sommes venus entendre l’inaudible, le temps s’est distendu. D’aucuns trouveront cela trop, mais la vie, n’est-ce pas trop ? Le théâtre est-il fait pour nous endormir ou nous réveiller ? Si les artistes nous révèlent le monde et nous montrent à travers leurs yeux ce que parfois nous refusons de voir, alors Jean-Michel Rabeux réussit ici à modifier encore mon regard. Bien sûr qui cherche le confort et le consensus ne se sentira pas à l’aise face à cette pièce désarmante d’intensité. Ce n’était pas possible de ne pas aller jusqu’au bout de l’horreur, ce n’était pas possible de s’arrêter en chemin ou alors tout aurait été vain. Il fallait cet extrême pour supporter ces messages inadmissibles.
Finalement Eglantine et sa fille sont innocentes lorsque l’on comprend bien, et pourtant à chaque souffle, accusées. Comme pourrait l’être Jean-Michel Rabeux : coupable de vouloir nous secouer autant, ou innocent d’être un humain qui crie son paradoxe d’amour et d’horreur ?
Allez-y, allez voir du théâtre, du vrai, celui dont on ressort avec plus de questions qu’en y entrant.
20:39 Publié dans théâtre / spectacle vivant | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : le cauchemar, jean-michel rabeux, claude degliame, eugène durif, vimala pons
18/09/2009
« Ordet » de Kaj Munk
Théâtre du Rond Point jusqu’au 10 octobre 2009
Mise en scène Arthur Nauzyciel
Avec : Pierre Baux, Xavier Gallais, Benoit Giros, Pascal Greggory, Frédéric Pierrot, Laure Roldan de Montaud, Marc Toupence, Christine Vézinet, Catherine Vuillez, Jean Marie Winling et en alternance une petite fille : Julia Campos de Medeiros, Marie Conort ou Loriane Conort. Ainsi que les chanteurs de l’ensemble Organum Mathilde Daudy, Antoine Sicot et Marcel Pérès ou Frédéric Tavernier.
Cela commence par du name dropping, en grand : le nom du metteur en scène sur le programme qui surplombe tous les autres, même l’auteur. La traductrice, Marie Darrieussecq citée comme jamais aucun traducteur ne l’est, comme si elle avait écrit la pièce elle-même. Ca continue par l’ordre des comédiens annoncés dans le programme, dans un ordre autre qu’alphabétique. Lequel alors ? Chacun jugera ceci comme il veut, nous entrons dans un projet où Dieu et la Foi sont les sujets principaux, « la Parole » ou « le Verbe » d’ailleurs comme première traduction du Danois « le mot », celui de dire.
Cette pièce raconte la confrontation de deux familles danoises qui n’ont pas la même manière de voir leurs relations à Dieu. Deux de leurs enfants sont amoureux et l’un des pères refuse le mariage, invoquant cette différence. Et puis un fils qui a perdu la raison, ne cesse de reprocher à tous leur manque de foi. Il finira par réaliser un miracle, en ramenant à la vie, tel un Jésus moderne, la belle fille morte en couches.
Alors quand on met en scène une pièce qui se nomme « la Parole », au sens primaire du terme, en lui retirant le sens « au commencement était le Verbe », pour moi, on réfléchit à qui l’on s’adresse.
La réflexion sur la religion, la croyance, la mise en œuvre de son rapport à Dieu, et la confiance que l’on a en lui, au moment où l’on perd un être cher, et le regard différent des uns et des autres, la tolérance en somme sur l’intime de la Foi, tout ces thèmes sont abordés ici. Mais je m’interroge sur le public qui va recevoir cette réflexion. Qui va aller voir « Ordet » au théâtre du Rond Point, ou qui l’a vu au Cloître des Carmes en Avignon, quel est le public ? C’est un bien beau texte tout en religion, écrit par un pasteur assez conservateur, avec des pointes d’humour plutôt rafraîchissantes. La parole qui délivre, mais de quoi ? Aujourd’hui pouvons-nous dire que nous attendons une parole délivrante ? Oui sans doute, mais de Dieu ? C’était le cas de l’auteur qui s’adressait à un public qu’il cherchait à remuer dans sa foi et à la veille de l’invasion des Nazis… Aujourd’hui pourquoi ce texte et surtout dans quelle forme ? Qu’en reste – t il ?
Cette mise en scène est d’un ennui terrifiant. Tout ceci est soutenu par une chorale et des moments de litanies qui nous ont tous sans doute rappelé la messe. Et l’ennui qui va avec, c’est sans doute la meilleure manière de nous ramener à Dieu !
Alors on fait du théâtre avec Dieu et on ennui tout le monde, on tue la parole qui est le verbe, l’annonciation, la délivrance avec une lenteur toute glacée. On effleure la folie sans savoir par où la prendre et finalement tout se résume au manque de Foi…
Le théâtre est le lieu de tous les discours et de tous les projets pour peu qu’il anime et là je me suis vraiment endormie. On se pose la question de la prise de Parole, de la légitimité de la Parole, d’à qui s’adresse la Parole… Mais pour cela elle doit être entendue ! Et pour entendre une parole dans un monde bruyant et mou il faut secouer les pruniers !
Voilà un bel endormissement de lauriers, une messe dite à des vieillards et le tour est joué. Aucune prise de risque et aucun tintement de clochettes. On se serait cru entendre le sermon. Sans doute pour cela que plein de gens sont partis entre les panneaux.
Dans cela j’ai bien aimé les costumes et le décor. Les comédiens sont bons, particulièrement Pascal Greggory très juste et savoureux ce qui m’a permis de rester jusqu’au bout. Difficile pour eux d’être convaincants sur une scène si peu convaincante. Ce n’est pas ce soir que nous nous poserons de nouvelles questions sur notre Foi, présente ou absente.
16:19 Publié dans théâtre / spectacle vivant | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : ordet, kaj munk, arthur nauzyciel


