11/02/2009
« Entracte » Josef Nadj
du 10 au 14 février 09 au théâtre de la Ville à Châtelet
avec Josef Nadj, Ivan Fatjo, Peter Gemza et Marlène Rostaing
et les musiciens Robert Benko, Eric Brochard, Gildas Etevenard et Akosh Szlevényi
Pour ceux qui avaient lu ma critique sur l’accessibilité à la culture, et ma difficulté à obtenir des places pour aller voir ce spectacle :
http://neigeatokyo.hautetfort.com/archive/2008/07/22/de-la-democratie-de-la-culture.html
J’ai eu froid dans le dos lorsqu’ils nous ont annoncé à 20h15 dans le hall du théâtre, qu’un des musiciens s’était blessé et que peut-être la représentation n’aurait pas lieu… Comme une sensation bizarre de malédiction ou une vengeance magique du théâtre que j’avais tant critiqué ?! Heureusement avec 45 minutes de retard nous avons pu assister à l’ « Entracte » de Josef Nadj. Titre amusant s’il en est, ironie chère à Nadj, qui fit dire à une spectatrice devant le panneau indiquant la durée du spectacle : « quoi ? il y a un entracte d’une heure cinq ?! ».
Tout le décor est posé et les musiciens semblent en faire partie. Comme ils sont entièrement liés à la danse qui se déroule, totalement présents et mystérieusement concentrés, on se demande s’il créent ou s’ils connaissent à l’avance leur composition. Josef Nadj compose lui aussi avec son espace dont les éléments se déboîtent et servent l’histoire qu’il nous raconte du bout de ses gestes. Des paravents transparents derrière lesquels des ombres ondulantes se déplacent, et d’où soudain sortent des personnages. Une femme qu’il utilise comme pinceau, des comparses qui pourraient être lui ou des partenaires. Qu’il semble compliqué soudainement de déplacer un cube d’une trentaine de centimètre sur une table en tréteaux ! La tête plongée dans de la poudre jaune et le voilà qui s’agite comme un pantin sur un socle avant d’être emmené par les autres comme un demeuré. Puis les quatre danseurs soulèvent le décor et entrent dans une boîte, puis s’enfuient et deux immenses bonshommes à têtes blanches apparaissent, comme des dessins qui auraient pris vie, et viennent se balader sur le plateau. Il est vain de décrire les espaces habités de Nadj tant ils sont abstraits et poétiques, parsemés d’humour et d’images surprenantes. On attend sans cesse le nouveau tableau et la surprise qui l’accompagne, comme des enfants devant un manège. Nadj peint son spectacle au fur et à mesure, et ainsi une tortue apparaît, ou des fleurs dégoulinantes de peinture rouge.
Enfin sur des cris de saxophones poussés par Akosh S, derrière des cubes encore déplacés, les danseurs cagoulés remuent des cordes et les font danser. Les derniers pains de glaces qui servaient de lumière se mettent à exister et rappellent qu’aucun élément du décor n’est là par hasard, forcément utile à Nadj, scénographe extraordinaire.
Voilà une bien beau rêve comme chaque spectacle que je vais voir de cet auteur multiformes, dont je me suis moins approprié le message, mais un « entre-actes » plein de rêves et de pastilles qui restent sur les yeux.
Allez voir un spectacle de Nadj si un jour vous en avez l’occasion, bien sûr celui là à Châtelet ce n’est pas possible sauf à en trouver au noir devant la salle !
Une perle d’entrée : une jeune femme à son ami « mais comment tu as fait pour avoir les places ? j’y arrive jamais avec le théâtre de la ville ? » réponse « je n’en sais rien c’est ma tante qui me les a données, je crois qu’il faut être abonné… »
23:50 Publié dans danse | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : entracte, josef nadj
07/09/2008
Josef Nadj « Paysage après l’orage »
Josef Nadj « Paysage après l’orage »
au Festival de la Villette Jazz is not dead, le 6 septembre 2008,
Accompagné d’Akosh S et Gildas Etevenard
C’est une habitude de plus en plus répandue dans le domaine du théâtre comme de la performance, qu’ont les artistes de commencer la pièce en étant déjà sur scène. Josef Nadj est sous une bâche lorsque les spectateurs s’installent, et j’ignore pourquoi mais je le devine immédiatement, sans doute la forme chrysalide de l’objet posé sur la scène. J’imagine alors l’artiste écoutant les conversations, me demandant combien de personnes comme moi se doutent qu’il est là tout près…
Les deux musiciens entrent au noir et commencent à jouer sur une installation en métal dont ils tapent ou pincent les cordes, les sons, faisant finalement se mouvoir Josef Nadj sous-bâché, tel un insecte maladroit. Nous allons voir l’une des œuvres autobiographique de l’auteur, mise en scène de moments de sa vie, source de son inspiration et du processus de sa création. D’origine hongroise et vivant en France depuis 1984, chorégraphe et peintre déjanté, il file la métaphore de son personnage au nez rouge à travers toutes sortes de situations souvent accompagné de musiciens suspendus à ses gestes, jusque dans la création de landscape, pièces filmées dans la nature. Il crée également des « pièces » en hommage à des artistes, souvent des écrivains, comme Henri Michaux, ou un peintre sculpteur tel Miquel Barcelo. Passionné par l’Asie, sa danse n’est pas sans rappeler le Buto Japonais, dans non minimalisme et son côté sombre teinté d’humour. Dans le cadre du festival de la Villette, l’œuvre est présentée avec des musiciens de Jazz, dont le célèbre Akosh S. spécialisé dans la création free jazz et les partenariats les plus imprévisibles.
Nous assistons là à la naissance d’un homme, tout d’abord recroquevillé à peine sorti de son cocon, puis en proie à mille combats animés, rencontrant des obstacles dont il se joue plus ou moins bien et dont il se relève avec effarement, et « non ! » et « si ! ». Les musiciens vont s’installer à l’autre côté de la scène et alternent toutes sortes d’instruments en suivant les pas du créateur. Principalement des percussions, cordes grincées, hautbois et trompette, et quelques effets de voix. C’est admirable car la musique accompagne la danse sans l’envahir et existe en même temps par elle-même, sans cesse renouvelée.
Nadj se retire ensuite derrière un paravent peint par lui, sur lequel est projeté le film de cette peinture en ombre chinoise, très joli instant déconcertant où l’on ne sait pas s’il peint ou a peint ce que nous voyons. On dirait que l’on assiste là, aux premières créations de l’artiste, ses premières tentatives d’expression.
Puis il revient boitillant tel un animal mi nu, cagoulé et mordant un objet blanc ressemblant à un os ou un pinceau, qu’il finit par accrocher comme un sacre sur un mur. L’animal artiste est en train de naître, après les vicissitudes de la vie et les premières tentatives de se noyer dans le poisson de la création, il retourne au tribal et au sacré. Il disparaît encore et revient, maintenant en professeur énervé devant son tableau noir, à tenter de transmettre ou de recevoir les indispensables fondements, poupée sans âge et voilé d’un grillage en cordes, il nous rappelle quelques extrémistes en proies à leurs contradictions : devons-nous frapper la terre ou la sacraliser ? Finalement il se tapera lui-même à force de ne pas savoir. Peut-on quitter le sacré et détruire la maison d’où l’on vient ? c’est ce que peut nous inspirer ses coups portés à la structure d’origine d’où il est sorti de la bâche.
Enfin il se prend pour Dieu créateur et écrit « paysage » au tableau. Les musiciens se lèvent et viennent jeter des boules de papier mouillées sur le tableau, tandis que Nadj s’est réfugié derrière, apeuré. Ils vont ensuite le graffiter au maximum, se jouant du lieu ainsi représenté, ne respectant plus l’origine, il ne faut rien prendre au sérieux. L’auteur accepte l’artifice, revient sans masque, pour ce qui semble être un dernier sursaut dépouillé. Il sort, et après une très jolie projection d’un jeu de peinture en négatif / positif noir et blanc sur une porte qui ne cesse de coulisser, il reviendra mettre fin à tout cela, en se suicidant avec un encrier.
C’était vraiment un moment intense que ce spectacle même si je ne l’ai pas trouvé aussi surprenant que ce que Nadj peut proposer. On reste là dans ce qu’il sait faire de mieux, se raconter au gré d’une musique, comme un funambule suspendu au son et à ses pérégrinations intérieures. Les musiciens étaient formidablement inspirés et je ne peux m’empêcher de me questionner sur la manière dont ce travail a pu s’élaborer à trois. A noter un très joli salut, instant incroyable que de voir Josef Nadj presque intimidé, entre joie et discrétion.
Cet artiste que j’admire depuis longtemps est à découvrir et redécouvrir constamment.

Sur la pièce : Le projet Paysage après l'orage englobe à la fois l’œuvre scénique dont il est ici question (création festival d’Avignon 2005), et un film, Dernier paysage (52’ / 2006) réalisé par Josef Nadj, qui met en parallèle la pièce et ce qui la fonde, c’est-à-dire sa genèse, ses sources et son processus de création.
Source : www.josefnadj.com
14:05 Publié dans danse | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : josef nadj, paysage après l’orage, akosh s, jazz villette, danse contemporaine
26/08/2008
Gyohei Zaitsu « rue des barres, 22 août 2008 »
Gyohei Zaitsu est un danseur de Butô (ou danse des ténèbres). Il a pour habitude d’exprimer son art dans la rue. Il se pose quelque part, peint de la tête au pieds d’une couleur unie, et soudain, pendant un heure il va déplier le temps et l’espace. Cette fois là, vêtu d’un costume troué, aux pieds de la grande église St Gervais à Paris, il nous a fait une danse, qui ressemblait à celle du miséreux. La pluie en guest imposée, rajoutait là du cynisme, sous le regard médusé d’un vrai clochard et celui amusé des passants.
Gyohei Zaitsu porte là toute la folie du Japon, son extrême délicatesse associée à une manière prononcée d’être toujours à la lisière de quelque chose, pas loin de tomber, ou de s’envoler. Il se transforme en poupée désarticulée qui se met soudain à rire ou grimacer, subissant les à coups de fils invisibles. Il laisse échapper des petits cris (ou bien est ce moi ?) comme l’on s’étonne, surpris d’être ainsi agité par la force supérieure qui l’anime. Peut être parle-t-il à quelque fantôme, évite par des soubresauts fluides d’entrer en contact avec des ennemis menaçants, ou bien est-ce juste le vent qui fait vibrer cet être si frêle sans âge aux cent humeurs ? Lorsqu’il s’écroule soudain à quelques centimètres de nous, une petite gêne s’installe, spectateurs- acteurs comme toujours dans les performances, doit-on ignorer celui qui souffre même s’il joue cette souffrance ? Et puis il repart aussitôt en dansant, emmenant la rue à sa suite, inondé de pluie, agité de rêves, prêt à en découdre avec l’invisible, et riant de la pierre.
A suivre si vous avez l’occasion…

09:50 Publié dans danse | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note | Tags : gyohei zaitsu, danse, buto
01/08/2008
Trisha Brown "Early Works" aux Tuileries
Trisha Brown « early works » Jardin des Tuileries
Ca a failli être bien. L’idée était excellente : un parcours de danse, des danseurs et des saynètes dans les jardins des Tuileries, avec les spectateurs qui se déplacent de tableaux en tableaux… Pour une fois qu’ils bougent ! Il s’agissait presque de faire partie du décor, voir de la représentation. Sauf qu’il faisait 40 degrés à l’ombre et qu’on était bien trop nombreux et que les pelouses étaient interdites, donc il fallait se tenir au bord, bien loin. Paris quoi…
Les travaux de Trisha Brown, chorégraphe américaine de danse contemporaine, sont cependant connus pour être très souvent représentés en extérieur (sur des toits) ou dans des lieux particuliers, voire intimes (des lofts…), de manière à changer le regard, toujours, d’amener le spectateur à regarder ce qu’il voit, en l’impliquant dans son corps, et le faisant agir en le bousculant, un peu, dans ses habitudes.
Après cela, la danse contemporaine, il faut être un peu initié. Et les « tableaux » qu’elle représente ne sont pas toujours accessibles. Le public ne l’était pas forcément ce lundi aux Tuileries et cela aussi fut savoureux, surtout d’entendre les commentaires « mais il n’y a pas de musique ça fait bizarre », « on dirait qu’ils font du Tai Chi », « c’est quoi le but du jeu avec les bâtons ? Ahh il ne faut pas le faire tomber »…
J’ai adoré la pièce où, en effet, il ne faut pas faire tomber les bâtons : plusieurs danseurs allongés dans l’herbe, tiennent des bâtons qui bout à bout font une ligne, puis se relèvent, passent par-dessus et se rallongent, en essayant de conserver intacte cette ligne (cf photo). C’est absurde, ce n’est bien sûr pas simple du tout, la ligne se brise plein de fois et ils se parlent pour corriger leurs positions, les spectateurs sont perplexes… mais moi ça m’inspire des images, des situations, une parabole… la vie parfois c’est ça, nous tenons notre bâton, en essayant que cela ait du sens, et que cela tienne avec les bâtons des autres… J’aime beaucoup et c’est gagné quand la danse réussi à nous faire réfléchir au-delà de la beauté ou non du geste, quand la situation et le corps véhiculent un message dans leur propre langage.
http://www.trishabrowncompany.org/
11:54 Publié dans danse | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : danse, trisha brown, danse contemporaine


