07/11/2009
« Golgotha » de Steven Cohen
Beaubourg jusqu’au 7 novembre 09
Extraordinaire Performer et danseur, qui nous présente ici un travail plutôt « sage » par rapport à ce qu’il fait d’ordinaire (mot à contre sens pour lui, qui a l’habitude de se mettre des choses dans l’anus, ou de se balader en chandelier Queer dans les bidonvilles de la banlieue de Johannesburg). Juif, homosexuel, trans-queer, plasticien, danseur et créateur de costumes et de chaussures importables, Steven Cohen d’origine d’Afrique du Sud, vit maintenant en France.
Nous sommes accueillis par d’immenses photos de lui portant des chaussures faites de têtes de morts réelles. Une grande croix chrétienne faite de lampes kitsch est recréée sur le sol et est entourée d’un côté de deux robes crées par l’artiste (dont l’une est en squelettes) et de l’autre par une sorte d’installation qui semble être un « arnachage » de torture.
Sur l’immense mur du fond seront projetées les images d’un film tourné dans les rues de New York, où Steven Cohen se promène, habillé en yuppie, chaussant ses chaussures-crânes, admiré par les passants incrédules. Tant d’images et d’interprétations m’assaillent…
Soudain l’artiste apparaît, derrière un écran tactile qu’il effleure, je le remercie mentalement d’arriver avec une telle douceur et de nous préparer à sa venue. Je suis totalement sous tension du début à la fin, comme en apnée, tant il est impressionnant et tant l’atmosphère est chargée d’inquiétude. Pourtant il véhicule une telle douceur, fait tous ses gestes avec élégance et délicatesse. Maquillé de papillons, le crâne rasé, il entre en robe de ballerine noire, sur des chaussures qu’il a collées sur des sabots de cheval. Il porte un gramophone, puis se dévêt. Il revient en scaphandrier d’un autre siècle, marchant avec peine, sa respiration portée en micro dans toute la salle. Il écrasera une à une les lampes qui constituent la croix, avec tant de difficultés et de lenteur, mais aussi de détermination, que j’en suffoque. Ce qui est incroyable c’est la poésie, la finesse de ses mouvements et l’horreur de tout ce qu’il dénonce. Il prend le temps, il décompose ses mouvements, la salle retient son souffle, dans l’alternance de musique et de silence dans laquelle il évolue, changeant de costumes, passant du film à la scène, mélangeant l’absurde, l’horreur et la beauté. Il finira suspendu à sa machine infernale, avec ses chaussures de crânes, récitant des noms en hébreu.
Après chacune de ses petites scènes, il laissera sur place ses chaussures et ses costumes, comme une petite exposition à visiter pour nous.
C’est un moment merveilleux que j’ai vécu là, dans une tension voluptueuse, terrorisée par l’instant qui suivra, je ne vous raconte pas tout. Suspendue à chacun de ses pas délicats, je repense à ce qu’il dit sur le fait de montrer ce qu’on ne voit jamais, s’indigner du commerce des morts, exhiber ce qu’on est jusqu’au bout, assumer la mort telle que nous la vivons dans notre monde moderne, avec un déni mêlé de mépris. J’aime les performances dans ce qu’elles ont d’extrêmes et d’engageant, d’intensité et de beauté, comme autant de mots en moins et d’images en plus, gravées pour toujours.
Il faut se ruer le 7 étant le dernier jour et sinon la performance sera visible sur le site d’Arte.tv pendant quelques temps et regarder pour les plus curieux ses anciens travaux sur le net.
00:49 Publié dans théâtre / spectacle vivant | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note



Commentaires
oh que cette douceur est inoubliable! J'en frissonne encore. C'est homme est le papillon que j'attendais.
Merci pour ce bel article, tout en délicatesse;
Pascal
Ecrit par : le tadorne | 10/11/2009
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