28/06/2009

Venus & Adonis Poème de Shakespeare

 

Revisité et interprété par Yves-Noël Genod

Théâtre de Genevilliers jusqu’au 27 juin 09

 

Avec Yves-Noël Genod, Felix M. Ott, Kate Moran et Pierre Courcelle à la flûte et au chant…

 

Donc moi qui voulait que l’on bouscule Shakespeare, j’ai été ici servie…

Au moins il y avait dans cette création d’Yves-Noël Genod, de la prise de risque et de l’imaginaire. Et même si je n’ai pas tout compris et me suis un peu perdue sur la fin, je préfère ce « secouage de prunier » à toute mise en scène ennuyeuse et conventionnelle. Là, plongés dans un univers très personnel et lyrique, moderne et obscur, nous sommes plus proches d’un Shakespeare démesuré et rocambolesque, tel que je le rêve.

Tel Jurgen Gösh et son Macbeth tout nu avec uniquement des comédiens hommes, ou Sophie Rousseau qui monta Roméo et Juliette avec un homme dans le rôle de Juliette… c’est plus fort que moi, je n’imagine Shakespeare qu’en dehors des sentiers battus.

 

J’ai adoré le début. Yves-Noël Genod entre et nous récite ou raconte Venus & Adonis, en toute intimité. Il porte une veste noire sublime et Shakespearienne, un jean troué et il est orné de moult bagues brillantes, converses aux pieds, torse nu… mélange d’Iggy Pop et de Renaissance. Il agrémente son récit de quelques anecdotes personnelles, compare certains éléments à Duras et associe les mots, et leur sens, entre poésie et interprétation analytique… chacun le verra comme il veut. Et puis s’allonge sur cette table posée là en décor et imite le souffle haletant d’un Adonis bousculé par Vénus. Oubliant certains vers il a un souffleur et parfois cite les mots anglais pour souligner quelque effet poétique, on a l’impression d’être en répétition, d’ailleurs la salle est restée allumée. Cette intimité rappelle celle du poème, et son partage est ici d’une grande intensité. Quelle sensibilité et quel amour des mots…

 

Pendant ce temps un jeune homme très beau et athlétique s’amuse du décor, grimpe, escalade, fait des acrobaties, nu. Sorte de métaphore d’Adonis, ignoré par le récitant, deux mondes qui se frôlent mais ne se rencontrent pas. Comme Adonis et Vénus en somme…

 

Et puis Yves-Noël s’en va. Et entre le burlesque… J’avoue ne pas avoir bien saisi ce qui se déroule ensuite. Entre performance et art plastique, trois comédiens se livrent à une succession de tableaux étranges. Tout d’abord une jeune fille récite Shakespeare en anglais, puis un homme se change et passe un costume de l’époque Shakespearienne et se met à jouer de la flûte quasiment jusqu’à la fin, et Adonis revient également en costume d’époque et joue avec la jeune Vénus. Il l’arrose avec l’extincteur des pompiers, menace de lui tirer dessus avec un fusil, ou de la brûler avec un briquet à longue flamme… Elle se change également et enfile une robe de toute beauté… ricane, chante, pendant que le jeune homme explore les coulisses hautes du théâtre… Une mise scène des amours éternellement adolescentes et inaccessibles peut être. L’ennui et l’agacement qui m’ont frôlé, m’ont néanmoins rappelé ceux ressentis par une Vénus éconduite… J’avoue ne pas vraiment être rentrée dans cette seconde partie restée pour moi sans doute poétique mais obscure.

 

Plus d'infos pour les curieux :

très belles photos ici : berger/genod

le blog d'Yves-Noël : le dispariteur

21/06/2009

Festival TRANS 09



« Crave » de Sarah Kane
Mise en scène Sophie Lagier
Avec Vincent Bouyé, Corinne Cicolari, Nathalie Kousnetzoff, Magdalena Mathieu et Christophe Sauger.

« Crave » traduit par « manque » se rapproche d'avantage d’une "très grande envie" de quelque chose. Comme « crever d’envie » d’ailleurs, mais manquer aussi du coup de cette chose.
Un texte acéré et douloureux, on n’en attend pas moins d’une auteure suicidée à l’âge de 28 ans. « Crave » est énoncé par quatre personnages A, B, C et M, ici postés sur un piédestal, parfois trop petit pour eux, dont ils débordent. Ils s’accrochent, se touchent, se poussent, s’écoutent, se répondent, ou pas. Et puis autour d’eux, un ange noir rode, semble attendre plus ou moins patiemment, une fin inéluctable.
Cette mise en scène est pleine de bonnes idées, j’ai bien aimé les costumes sobres et les déambulations de Corinne Cicolari décidément excellente (à retrouver dans « Le Corps Furieux »), j’ai adoré qu’ils soient tous nus à la fin, après toute cette mise à nue verbale, c’est tellement justifié, et le monologue d’amour si sobre et si poignant est très bien joué par Christophe Sauger.

« Blanche Neige » de Robert Walser
Mise en scène Sylvie Reteuna
Avec Aurélia Arto, Olav Benestvedt, Claude Degliame, Eram Sobhani et quelques images de Marc Mérigot.

Robert Walser a génialement raconté la suite du conte. Après le baiser du Prince qui réveille Blanche Neige, que se passe t-il ? Un vrai règlement de « conte ». Blanche Neige cherche à savoir pourquoi sa « mère » a voulu la tuer, celle-ci commence par nier, puis avoue mais embrouille tout le monde avec des explications poético-personnelles. Cela ne l’empêche pas de lutiner avec le chasseur et de faire tomber en pamoison, un Prince à mi-chemin entre le petit garçon pervers et l’adolescent ambigu. Bref tout ce petit monde pavoise dans le palais, se court après, s’aime et se déchire tendrement. Le texte est extrêmement délicat et plein de sous entendus, parfaitement mis en scène ici. Non seulement c’est très bien joué, avec une ironie toute particulière et un ton propre à chaque personnage, mais aussi avec un décalage permanent et une envie de friser la caricature et le burlesque. Mais avec une grande élégance et de manière très subtile. La très jolie Blanche Neige, toute éberluée de rencontrer un monde d’adulte qui lui échappe et dont elle n’est pas si sûre de vouloir faire partie, revendique son nom gelé. Le Prince en talons hauts hystérisé par une ambiance charnelle qui lui tourne les sens, court partout comme un cabri. Le chasseur nous explique un peu la pièce et la photo de Walser mort dans la neige est là pour nous rappeler le côté dramatique malgré tout qui se cache derrière tous les contes et enfin la magnifique et splendide marâtre – mère, toute en hypocrisie et en manipulation, essaye de garder la main mise sur tout le monde. C’est un régal, on rit beaucoup, on grince des dents et on se réjouit devant de tels comédiens.
A aller (re)voir au théâtre de l’Etoile du Nord du 15 au 26 juillet 09.

Dans 4 spectacles en un :
« Hamlet » (fragments inspirés de Shakespeare)
mise en scène Vincent Brunol
avec : Nicolas Fustier, Elise Lahouassa et Mathias Robinet

Voilà un petit aperçu d’ « Hamlet » fort réussi. A moitié raconté, à moitié joué, complètement suggéré… délirant et virevoltant, en saccade et en extraits. Bien sûr la pièce mériterait d’être jouée en entier, mais j’aime ce rythme outrageant fait à Shakespeare. Enfin je le sens dépoussiéré et vivant. Des 4 petits spectacles, c’est celui qui m’a le plus convaincue. A mon sens il y aurait un vrai travail à faire sur Shakespeare pour comprendre l’essence dont il était fait et comme son écriture remuait ciel et terre, au son des plus grands émois, avec une grande virulence et beaucoup de provocation. Ici les comédiens racontent et se racontent, mélangent le texte avec les instants les plus poignants et leur adaptation des émotions. Ophélie taggue le mur du fond d’un immense « quelque chose de pourri ! », Hamlet se fait démonter la tête par sa mère, jouée par un homme, tout le monde se crie dessus et c’est très bien. Merci d’avoir osé, enfin.

Toujours ce soir les 4 spectacles en 1 et « Toujours le même fantasme » de Frédéric Aspisi, en version longue.


A partir de mardi « Le Corps Furieux » de Jean-Michel Rabeux et « Les Charmilles » avec Eline Holbø Wenelbo : indispensables.

13/06/2009

Festival TRANS 15 - 28 juin 09

Festival TRANS de La Compagnie de Jean-Michel Rabeux

Théâtre de la Bastille du 15 au 28 juin 09

 

Une tête qui tourbillonne lorsque l’on regarde le programme de ce Trans 09 !

 

Le programme : ici

 

Onze spectacles, des tables rondes, une expo, une nuit Trans Erotique… on ne sait plus où donner de la tête, et pour sûr, trois pièces ont déjà été citées ici, sous les meilleures auspices.

 

Liens :

« Toujours le même fantasme » de Frédéric Aspisi, joué les 19, 20 et 21 juin à 21h30, chroniqué :

 

Premier article

 

second article

 

« Les Charmilles » d’après un texte de Jean-Michel Rabeux, mise en scène par Cédric Orain, joué par l’exceptionnelle Eline Holbø Wenelbo, un article :

ICI

 

« Le corps furieux » de Jean-Michel Rabeux (et oui je suis un peu fane) à ne rater sous aucun prétexte, mon commentaire ici (Jean Michel l’avait mis en lien à l’époque sur son site) :

 

article JM Rabeux

 

Ruez vous !!

 

Image 2.pngHuma Rosentalski

 

08/06/2009

ouvertures d'ateliers au 104

C'est un lieu immense et plein de potentiel. Je le trouve un peu vide et je le rêvais en permanente ébullition, avec des événements se déroulant sous nos yeux à n'importe quelle heure du jour ou de la nuit. Le 104 est très intello, très snob et très parisien, c'est à dire élitiste à fond. La communication et l'information sont catastrophiques, on ne sait jamais ce qu'il s'y passe et il faut vraiment aller à la pêche, connaître les artistes même pour assister aux quelques sporadiques interventions. Je suis assez déçue par cela, tellement habituée à ce que de tels espaces vivants et animés existent à Berlin par exemple.

Mais il faut avouer pour contrebalancer cette critique, que tout ce que j'ai été y voir était juste formidable.

De nombreuses tables rondes organisées sur le spectacle vivant notamment, avec des interventions vraiment intéressantes d'artistes et des moyens de les rencontrer. Une chance que Frédéric Fisbach et Robert Cantarella en soient les administrateurs. Sans doute avec des personnalités d'autres arts il en aurait été autrement.

Je me suis absolument régalée aux ouvertures de l'atelier d'Hubert Colas qui prépare un spectacle "Le livre d'or de Jan" présenté en Italie à Turin puis en Avignon cette année. Un témoignage vivant sur un artiste (Jan) disparu, par ceux qui l'ont connu. C'était encore en mise en forme lorsque j'ai vu ces présentations, mais c'était un régal de comédiens et d'imagination. J'ai hâte de voir la finalité et je trouve décidément qu'Hubert Colas, qu'il faut prendre parfois avec des pincettes, est un grand artiste. Spéciale dédicace à Thierry Raynaud et Thomas Scimeca qui sont deux fabuleux comédiens, à suivre...

Deuxième moment inoubliable et alléchant pour l'avenir, l'ouverture à une répétition des prochains Phèdre (Racine) / Hippolyte (Garnier) que Frédéric Fisbach et Robert Cantarella préparent. Contrairement à Hubert Colas qui présente un genre de filage des dernières répétitions, ici nous avons assisté à un vrai travail d'essai des comédiens face au texte et à une lecture à plat. Merci à eux et à leur courage, je pense comme Jean Michel Rabeux qu'il ne faut pas assister aux répétitions d'un spectacle, à moins d'assister à toutes, car les comédiens sont trop en danger et le metteur en scène amené à dire des choses que l'on ne comprendrait que dans un ensemble. Malgré tout j'ai adoré ce partage, Robert Cantarella nous a transmis un véritable savoir quant aux textes et le regard des auteurs de ces époques : Garnier vivant dans un monde aux multiples perspectives plastiques et plus proche du corps, de la terre, alors que Racine est dans un monde à perspective unique, très dans la peur de l’être suprême qui juge. Les personnages de Racine étant dans le malheur dès le départ, alors que ceux de Garnier découvrent leurs destins. Spéciale dédicace à Nicolas Maury que je trouve incroyable, constamment juste, même s’il est un Hippolyte un peu trop précieux pour moi.

 

Donc le 104 est un lieu à dénicher, les ouvertures d’ateliers et les conférences vraiment de grands moments. Il faudrait peut être une association avec des plasticiens pour l’espace et des communicants pour le reste 8-)

 

à suivre donc les spectacles dont j'ai parlé !

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