21/06/2009

Festival TRANS 09



« Crave » de Sarah Kane
Mise en scène Sophie Lagier
Avec Vincent Bouyé, Corinne Cicolari, Nathalie Kousnetzoff, Magdalena Mathieu et Christophe Sauger.

« Crave » traduit par « manque » se rapproche d'avantage d’une "très grande envie" de quelque chose. Comme « crever d’envie » d’ailleurs, mais manquer aussi du coup de cette chose.
Un texte acéré et douloureux, on n’en attend pas moins d’une auteure suicidée à l’âge de 28 ans. « Crave » est énoncé par quatre personnages A, B, C et M, ici postés sur un piédestal, parfois trop petit pour eux, dont ils débordent. Ils s’accrochent, se touchent, se poussent, s’écoutent, se répondent, ou pas. Et puis autour d’eux, un ange noir rode, semble attendre plus ou moins patiemment, une fin inéluctable.
Cette mise en scène est pleine de bonnes idées, j’ai bien aimé les costumes sobres et les déambulations de Corinne Cicolari décidément excellente (à retrouver dans « Le Corps Furieux »), j’ai adoré qu’ils soient tous nus à la fin, après toute cette mise à nue verbale, c’est tellement justifié, et le monologue d’amour si sobre et si poignant est très bien joué par Christophe Sauger.

« Blanche Neige » de Robert Walser
Mise en scène Sylvie Reteuna
Avec Aurélia Arto, Olav Benestvedt, Claude Degliame, Eram Sobhani et quelques images de Marc Mérigot.

Robert Walser a génialement raconté la suite du conte. Après le baiser du Prince qui réveille Blanche Neige, que se passe t-il ? Un vrai règlement de « conte ». Blanche Neige cherche à savoir pourquoi sa « mère » a voulu la tuer, celle-ci commence par nier, puis avoue mais embrouille tout le monde avec des explications poético-personnelles. Cela ne l’empêche pas de lutiner avec le chasseur et de faire tomber en pamoison, un Prince à mi-chemin entre le petit garçon pervers et l’adolescent ambigu. Bref tout ce petit monde pavoise dans le palais, se court après, s’aime et se déchire tendrement. Le texte est extrêmement délicat et plein de sous entendus, parfaitement mis en scène ici. Non seulement c’est très bien joué, avec une ironie toute particulière et un ton propre à chaque personnage, mais aussi avec un décalage permanent et une envie de friser la caricature et le burlesque. Mais avec une grande élégance et de manière très subtile. La très jolie Blanche Neige, toute éberluée de rencontrer un monde d’adulte qui lui échappe et dont elle n’est pas si sûre de vouloir faire partie, revendique son nom gelé. Le Prince en talons hauts hystérisé par une ambiance charnelle qui lui tourne les sens, court partout comme un cabri. Le chasseur nous explique un peu la pièce et la photo de Walser mort dans la neige est là pour nous rappeler le côté dramatique malgré tout qui se cache derrière tous les contes et enfin la magnifique et splendide marâtre – mère, toute en hypocrisie et en manipulation, essaye de garder la main mise sur tout le monde. C’est un régal, on rit beaucoup, on grince des dents et on se réjouit devant de tels comédiens.
A aller (re)voir au théâtre de l’Etoile du Nord du 15 au 26 juillet 09.

Dans 4 spectacles en un :
« Hamlet » (fragments inspirés de Shakespeare)
mise en scène Vincent Brunol
avec : Nicolas Fustier, Elise Lahouassa et Mathias Robinet

Voilà un petit aperçu d’ « Hamlet » fort réussi. A moitié raconté, à moitié joué, complètement suggéré… délirant et virevoltant, en saccade et en extraits. Bien sûr la pièce mériterait d’être jouée en entier, mais j’aime ce rythme outrageant fait à Shakespeare. Enfin je le sens dépoussiéré et vivant. Des 4 petits spectacles, c’est celui qui m’a le plus convaincue. A mon sens il y aurait un vrai travail à faire sur Shakespeare pour comprendre l’essence dont il était fait et comme son écriture remuait ciel et terre, au son des plus grands émois, avec une grande virulence et beaucoup de provocation. Ici les comédiens racontent et se racontent, mélangent le texte avec les instants les plus poignants et leur adaptation des émotions. Ophélie taggue le mur du fond d’un immense « quelque chose de pourri ! », Hamlet se fait démonter la tête par sa mère, jouée par un homme, tout le monde se crie dessus et c’est très bien. Merci d’avoir osé, enfin.

Toujours ce soir les 4 spectacles en 1 et « Toujours le même fantasme » de Frédéric Aspisi, en version longue.


A partir de mardi « Le Corps Furieux » de Jean-Michel Rabeux et « Les Charmilles » avec Eline Holbø Wenelbo : indispensables.

Commentaires

J'adore le "nom gelé".

Écrit par : guy | 25/06/2009

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C'est que je m'y connais en Neige...

Écrit par : Neige | 25/06/2009

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