17/05/2009
Festival « Impatience » à l’Odéon
Mai 2009
Foucault 71 – Episode zéro
Par le collectif F71
Avec Sabrina Baldassarra, Lucie Valon, Emmanuelle Lafon, Sara Louis et Lucie Nicolas
Mise en scène par le collectif - consultant histoire Philippe Artrières
Ateliers Berthier 8 mai
Voilà une bonne reconstitution historique, faite de documentaires et d’archives, sur quelques mois de 1971, aux cours desquels se sont produits plusieurs évènements, tous liés à Michel Foucault, philosophe français (1926 – 1984). Tout d’abord son collectif réuni autour du projet d’étude des conditions dans les prisons en France (le GIP), et ses échanges avec Deleuze. Ensuite des évènements de regroupements dans les quartiers, suite à l’assassinat d’un jeune arabe, et l’affaire Jaubert un journaliste tabassé sans raison par la police. Réflexions diverses sur l’état policier, l’information, le droit des prisonniers, le droit de liberté tout court.
C’est un bon spectacle, bien joué, et mis en scène par ce collectif de 5 jeunes femmes à la conscience politique et à l’implication que je trouve nécessaires et étonnantes. Malgré tout, j’ai trouvé le spectacle un peu pédagogique et scolaire, mais rafraîchissant et original. Elles tiennent là un vrai truc, et ont fait un travail impressionnant.
A suivre…
Macbeth (Inquiétudes) – d’après Shakespeare / Kadaré/ Müller
Par la compagnie des « Hommes approximatifs »
Avec Jean-Baptiste Bellon, Jean-Charles Clichet, Adeline Guillot, Antoine Kahan, Antoine Philipot, Alexandre Plank, Pierric Plathier, Anais Steffan et Grégoire Tachnakian
Mise en scène Caroline Guiela et Alexandre Plank
Ateliers Berthier 8 mai
Une des rares pièces de ma vie où je dois avouer être partie avant la fin. J’ai quand même tenu deux heures ce que je trouve courageux. Non seulement c’était juste mal joué, mais en plus j’ai trouvé aucun des partis pris des metteurs en scène aboutis ou consistants. Une scénette d’introduction hors sujet, des comédiens qui se changent devant nous et restent sur le côté lorsqu’ils ne jouent pas, mais pas tout le temps (alors pourquoi ?), une tentative de contemporanéité digne d’un spectacle de fin d’année (un macintosh, un passage de karaoké, une projection vidéo complètement dénuée de sens). Un décor massif et ringard, et surtout aucun regard marqué sur la pièce qui est restée platement narrative et moi ça commence à me gonfler qu’on massacre Shakespeare. Bref, une troupe qui porte bien son nom.
Ursule – Howard Barker
Par la compagnie « Du zieu dans les bleus »
Avec Heidi Becker Babel, Julien Bonnet, Laurence Claoué, Virginie Colemyn, Hugo Dillon, Valérie Diome, Mitsou Doudeau, Rama Grinberg, Conchita Paz, Aurélie Pitrat ou Clara Guipont
Mise en scène Nathalie Garraud et Olivier Saccomano
Théâtre de l’Odéon 16 mai
Décidément plus je découvre Howard Barker, plus j’aime cet auteur démesuré et génial. « Ursule » pièce inspirée par le tableau « le massacre des vierges martyres » de Cranach raconte la confrontation entre les religieuses d’un couvent et leur mère supérieure, bien décidées à conserver leur virginité, source de la vraie extase, et Lucas un Prince des environs, cherchant à se marier pour se racheter une vie.
Ursule lui est promise mais elle se refusera, quelqu’un la remplacera t elle ? Une réflexion amère et remuante sur l’extase féminine et le besoin d’amour…
Un excellent jeu, un homme tout nu quasiment pendant tout le spectacle (miam), des costumes inspirés et une mise en scène moderne et sobre, rien à redire j’ai passé un très bon moment, ce qui ne m’était pas arrivé depuis longtemps. De plus quelques personnes sont parties et pour le coup j’ai trouvé que c’était bon signe, que cela dérangeait ce qu’il fallait.
Sur trois spectacles du festival, j’en ai donc vraiment détesté un, adoré un et assez aimé un, en attendant la saison 2009 / 2010 qui promet d’être croustillante, cela finit pas trop mal l’année à l’Odéon.
06/05/2009
« Pur » de Lars Norén
Théâtre du Vieux Colombier – Comédie Française
Jusqu’au 17 mai 09
Mise en scène Lars Norén
Avec Catherine Sauval, Alexandre Pavloff, Françoise Gillard et Christian Cloarec
Pour nous mettre dans l’ambiance, les ouvreurs et ouvreuses ultra bruyants et dissipés du théâtre avec sic « si tu fais ça je t’éclate une burne… ah nan il y a eu une couille de ouf… Ouais comme ça je rentre chez Oim… », l’accueil est contemporain au Vieux Colombier. L’expression « lever de rideau » n’est plus valable au théâtre public, depuis longtemps, le décor est donc là, présent et ouvert lorsque nous rentrons. Puis le générique est projeté sur le mur PUR I et les noms des comédiens. Ils apparaissent aussi en vidéo, « Pur = projeté » le mot clé. Puis les personnages entrent en chair et en os, en frissons et en saccades de mots.
Il s’agit de cela, se déroule devant nous des bouts de vies racontés par un couple qui quitte son appartement, ils y ont vécu 25 ans. Et comme en projection un autre couple vient s’y installer, ils sont jeunes, est-ce le temps qui nous joue des tours ? Et puis ils se croisent tous les quatre, des vies semblables ou des souvenirs, un enfant à venir, un enfant mort, qui parle quand ? Comme une valse glacée, les mots se suspendent, les émotions tentent d’être dites, les peurs enveloppant tout, empêchent…
« On s’est tout dit, on a tout essayé » dit elle
« Oui, on s’est tout dit, on a tout essayé » dit il
« Oui » dit elle
Les phrases aussi se font écho, l’un répète ce que dit l’autre, qui répète. Le ton est glacial, est-ce un cliché que de se souvenir que Norén est Suédois ? La diction est presque robotisée, les gestes lents et désincarnés. Est-ce cela la vie ? Sommes nous des pantins pour nos émotions et nos incompréhensions ?
« J’aimerais croire en Dieu, je pourrais le laisser décider » dit elle
« Tu as dit quoi ? » dit il
Les femmes semblent parler d’une seule voix, elles semblent se comprendre. Les hommes ont l’air plus perdus et impuissants, plus ouverts aussi à ce que les choses s’améliorent. Les objets servent à être pris et remis, un carton qui traîne là, des rideaux qu’on accroche et qu’on décroche, inlassablement.
« Je ne veux pas être dans ce corps » dit elle
« Tu as dit quoi ? » dit il
Ils sont « elle » et « il », ils sont « l’homme » et « la femme », ils sont l’universalité de la douleur, de la marche lente et lourde dans la vie, de l’incompréhension magistrale de soi et des autres qui nous fait danser depuis la nuit des temps. On sent la terreur, celle qui fige le sang, dans chacune de leur parole, et des bouts de soleil froid parfois, comme une erreur. Le texte est d’une telle noirceur et d’une vraie violence contenue, peut être entre les lignes la « schizophrénie » de l’auteur diagnostiquée à ses 20 ans qui lui valu des électrochocs ? PUR II qui s’annonce sur le mur semble se dérouler dans un hôpital. La mort rode partout et n’est pourtant qu’effleurée. Les voix sont poussées par l’intermédiaire d’un micro et les personnages ne bougent plus dans cette deuxième partie, à peine à la fin, pour une dernière caresse, une dernière danse.
« J’ai l’impression de mourir là » dit elle
« J’ai l’impression de redevenir un enfant » dit elle
Voilà je ne sais que penser car la mise en scène correspond parfaitement au texte et rien ne semble trahi. C’est juste sinistre, et le jeu des comédiens ainsi désincarné est un parti pris qui s’entend. Mais j’ai quand même horreur de ça. Voilà un spectacle mort et dans la négation du corps entièrement (dirait JM Rabeux) et ca m’agite sur mon siège. Voilà un spectacle totalement intellectuel et sans vie, même si le texte le justifie, ca m’ennuie. Le dépouillement du jeu n’est pas forcément un dépouillement de l’âme, mais quelle tristesse…
PUR III c’est du Shubert et de la vidéo. Mise en scène moderne, clairement, mais en ayant hâte que ca se finisse et m’étant interrogée sur cette envie de fuite, je peux résolument dire qu’elle n’était pas due à un agacement cathartique. S’est révélée une impatience face à ce que je « pourrais » faire comme théâtre, mais qu’heureusement je ne ferai pas. On peut être intello et vivant, résolument.
12:32 Publié dans théâtre / spectacle vivant | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : pur, lars norén


