10/02/2009

"Un si funeste désir" deux textes mis en scène par Cédric Orain

Deux textes adaptés de « Les Charmilles » de Jean-Michel Rabeux et « La Mort » de Georges Bataille, mis en scène par Cédric Orain

Théâtre de la Bastille jusqu’au 11 février 09

Avec Eline Holbø Wendelbo puis Benoît Fogel, Courtney Kraus, Raouf Raïs et Eram Sobhani

 

Voici deux mises en scènes « miroir ». Deux textes joués l’un après l’autre, le premier dans la lumière et à mesure que le temps passe et que l’on se rapproche de la mort et non plus de son idée, le deuxième nous plonge dans le noir.

Le texte de Rabeux semble avoir été écrit pour Eline Holbø Wendelbo tant il lui colle à la peau, le mot est juste. Elle entre et emplit tout l’espace en un instant, et même si elle semble s’adresser à nous un peu par hasard, tout en nettoyant le sol, sa présence nous cloue. Nue, elle ne l’est pas moins en racontant son histoire une fois rhabillée. Son histoire, celle d’une enfant qui grandit dans un hôpital et dont le père chirurgien ampute des corps. Elle apprend à aimer le corps de l’intérieur, à développer de l’amour pour ce qui le constitue, et de ce fait désirer au plus profond ces êtres incomplets.

 

« Est-ce apprendre à aimer des corps assassinés qui m’a rendue par amour assassine ? »

 

Lorsqu’elle apporte un seau de sang, et que la lumière décroît, on tressaille. Rassurée peut-être de pouvoir se dissimuler enfin dans le noir de la salle où nous étions pleins feux, j’ai peur de ce qu’elle va faire avec le sang, mon cœur bat. Bientôt il se fera écho du sien. Elle considère la mort dans les corps vivants. Le texte est magistral, l’écriture précise et ciselée, les mots créent des images puissantes et sont portés par cette comédienne hors pair qui entre en chacun d’eux.

 

« L’objet de notre amour, la vie se charge de nous l’ôter »

 

Elle avouera son désir, comme parfois au théâtre, l’aveu se fait soulagement ou torture, en s’étendant sur une table métallique qui roule les corps, d’« être la mort amoureuse ». Une mise en scène discrète et par petites touches d’une grande adéquation, une direction d’acteur parfaite, c’est un moment incroyable, à retenir son souffle pour ne rater aucune syllabe, aucun battement de cil.  C’est de l’incarnation et c’est ce que j’aime le plus au théâtre.

 

Dans le noir, le second texte émerge timidement d’une femme implorant. Bataille et son cortège d’images sordides est récité par quatre comédiens qui se mettent nus dans la pénombre. C’est l’antithèse de la première partie, une mise en scène désincarnée, des petites touches de lumière sur des bouts de corps et une interrogation sur l’amour et la mort.

 

Le second texte est énoncé plus froidement dans une chorégraphie qui me touche moins, avec une nudité que je trouve un moins justifiée. Mais les textes sont magistraux, la réflexion sur l’amour extrême des corps et la performance d’Eline Holbø Wendelbo valent le détour.

 

Perle de sortie : un jeune homme « Bon ben je vais retourner au cinéma moi ! ».

Commentaires

Doit on conclure que vous m'avez pas été convaincue par la jonction entre les deux textes? J'avais vu "La mort", présentée seule, au festival à court de forme 2006.

Écrit par : guy | 10/02/2009

J'ai été totalement convaincue par la jonction et je trouve cohérent les deux textes ainsi présentés. J'aime juste moins le style de mise en scène très énoncé et froid du second texte.

Écrit par : Neige | 10/02/2009

Que cette pièce est oppressante!

Écrit par : guy | 25/06/2009

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Oui en effet... notamment parce qu'elle est admirablement bien jouée et que c'est un texte fantastique...

Écrit par : neige | 27/06/2009

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(ce n'est d'ailleurs pas un texte prévu pour être mis en scène mais un "roman" de JM Rabeux)

Écrit par : Neige | 27/06/2009

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