24/01/2009

« Le corps furieux » de Jean-Michel Rabeux

de et mise en scène par Jean-Michel Rabeux

MC 93 de Bobigny

Jusqu’au 27 janvier 09

Avec Eléna Antsiferova, Corinne Cicolari, Georges Edmont, Juliette Flipo, Kate France, Marc Mérigot, Laurent Nennig, Franco Senica

 

Je pensais aller voir une pièce de théâtre et j’ai vu un spectacle de danse, un numéro de clowns, un tour de chant, du cirque, une performance, un peu de Racine, un concert, de la peinture en live, du contorsionnisme,… et une pièce de théâtre. Ouf… ! Il faut être en forme pour assimiler, tenter de comprendre, effleurer Jean-Michel Rabeux et sa troupe de doux dingues… J’en suis sortie remuée de l’intérieur, essoufflée comme après une course.

Comme l’on passe d’un spectacle à un autre, on passe d’une humeur à l’autre, d’une métaphore à l’autre… une ronde autour de la Nef des fous, constamment agités dans nos émotions par un auteur qui ne veut laisser personne tranquille.

Cela commence encore plus fort que le Cri chroniqué précédemment, cette fois ci ce ne sont pas deux comédiens nus qui ouvrent le bal mais 8… !

Ensuite chacun se rhabille de frusques de récup, et nous sommes invités à épier la vie intérieure sans doute, métaphorique sûrement, de ce qui ressemble à des SDF. Dormant sur des cartons, chantant leurs mélopées humaines à qui veut bien l’entendre, se dérangeant beaucoup, se soutenant dans leurs folies ordinaires parfois… ils se mêlent sans paraître se toucher. Un peu comme nous en somme…

Et chaque personnage nous emmène à son tour dans son petit univers. Certains ne parlent pas français mais qu’importe, la compréhension n’est pas attendue dans les mots. Reflet d’un monde où la cacophonie recouvre tout, et puis qui prétend entendre son prochain ? Parfois l’un s’exprime en chant, l’autre s’en agace…. Les hommes sont habillés en femmes, les femmes en hommes ou pas, les jeunes en vieux et les vieux en jeunes ou pas, tous les codes du paraître sont bousculés, mais qui les lit encore ?

Et puis si l’on mangeait quelqu’un ? Et puis si on le mettait dans la poubelle ? Lui et ses mots usagés ? Et puis si on dansait avec des mannequins, parce qui est vivant de nos jours ? Et puis si l’on se frappait ? Si on donnait naissance à des bonshommes en plastique ? Et puis si on criait sa souffrance, qui l’entendrait ? Qui accepterait de voir le désarroi dans lequel nous sommes tous, incompris ?

 

Voilà la danse du monde, nous passons par toutes la palette des émotions et des sensations, émus, amusés, exaspérés, perdus… Mais qui pourrait mettre en scène cette pièce en dehors de l’auteur ? tant elle est complexe et à mille facettes, me suis-je dit. Il y en a pour tous les rires et pour toutes les oreilles, même si paradoxalement je trouve la pièce au fond peu accessible et destinée aux amateurs de théâtre vraiment contemporain (et ceci ne plaira pas à JM Rabeux !) et immanquablement tout à chacun repartira avec des images gravées...

 

Mais alors pourquoi est-il furieux le corps ? Parce qu’il a perdu la clé des chants ? trop distendu de son esprit ? Qui mène la barque à l’intérieur d’un soi que la société veut à tout prix faire rentrer dans un schéma ? Et comment s’adresser à l’autre quand on est soi-même en proie à toutes les agitations ? Le corps furieux au sens furie, qui s’exprime enfin tel un langage direct, mots asservis, et liberté du dire malgré l’autre… faut il être marginal pour cela ?

 

Une perle de sortie de salle : une très jeune fille à ses copines du même âge « Les chinois ils ne peuvent pas venir voir ça, il faut leur interdire, ils vont se dire ‘non mais la France… !’ » 

 

Courrez-y et surveillez Rabeux pour les prochaines fois !

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