03/04/2010

déménagement

multiples...

 

Voici la nouvelle adresse pour suivre mes

instants de théâtre et autres humeurs artistiques

 

ICI

16/03/2010

"Ode Maritime" de Fernando Pessoa

Théâtre de la Ville

 

Mise en scène Claude Régy

du 8 au 20 mars 2010

avec Jean-Quentin Châtelain

 

La Leçon de théâtre

 

Claude Régy, adoré ou détesté, n'a jamais vraiment laissé indifférent. A 86 ans ce génie singulier signe ici une magistrale "leçon de théâtre" tant par la direction d'acteur, que par l'intense capacité à être au service d'un texte.

 

La parole chantée

 

Il se tient planté là devant nous, debout sur un ponton, derrière lui une immense plaque de métal qui reflète la lumière, et qui recrée une étendue... Il commence à parler et c'est un chant. De la manière dont l'Ode peut s'entendre, après tout, n'est ce pas une longue chanson hommage à une muse ? Tel un Rodolphe Burger, un Gérard Manset ou encore un Alain Bashung, Jean-Quentin Châtelain a cette prestance et cette urgence des ces chanteurs à textes d'aujourd'hui. Chaque mot se lie au suivant, chaque pensée coule et enduit notre imaginaire déjà, parce que l'on peut suivre le fil, comme une cordée, parce que le chant nous entraîne. Pourtant il parle, mais les mots dans sa voix résonnent autrement, et c'est magistral et magique à la fois, rendant tout indispensable.

 

Le spectateur impliqué

 

Une telle manière inhabituelle d'entendre provoque forcément une réaction chez le spectateur et demande une véritable concentration. Les mots, les idées sont reçus totalement autrement dans cette manière du dire. Certains ne supportent pas et beaucoup quittent la salle pendant la première heure. Ce qui est d'ailleurs assez pénible quand on est embarqué dans ce texte magnifique sur la mer et tout ce qui lui est lié.

Le choc de l'expérience qui rend le spectateur aussi acteur dans son écoute, force au rêve et l'on décroche parfois. Mais comme une expérience de méditation où l'on revient toujours au point central, l'attention se reporte régulièrement sur le comédien, pour reprendre du texte, comme on reprendrait de l'eau fraîche à la fontaine, pour s'abreuver encore.

 

L'intensité d'un texte

 

De cette concentration intense, de cette élocution élaborée découlent une appréhension du texte en profondeur. La mer bien sûr et tous les fantasmes qu'elle engendre, est observée ainsi par ce personnage qui entre dans une forme de rêverie. Pessoa et son hétéronyme Alvaro de Campos, auteur de cette ode, sont d'autant plus présent dans ce doux mélange de frustration, de solitude et d'abandon.

 

"Cette créature qui ne vient jamais et que je suis venu attendre suite à un message oblique..."

 

La mer, l'enfance, les bateaux, les pirates, la violence, les femmes, les oiseaux, les cris...

Dans les cris du comédiens l'on peut presque enfin respirer. C'est un spectacle qu'il faudrait revoir plusieurs fois pour se perdre à chaque soir dans des endroits différents du texte. C'est en tous cas à mon sens une expérience unique et d'une intensité à la hauteur de l'auteur, une immense pierre jetée à la mer du théâtre. Une leçon de grands.

 

Article publié sur Le Souffleur

11/02/2010

« Piscine (pas d’eau) » de Mark Ravenhill

 

Mise en scène Christian Benedetti

 

 

Avec Christophe Caustier, Marie-Laudes Emond, Christophe Sauger et Jonathan Waite

 

 

Au Théâtre-Studio d’Alfortville du 4 février au 6 mars 2010

 

 

Ce soir, vous pourrez vraiment dire que vous ne pouvez pas car vous avez « Piscine », et venir au Théâtre-Studio d’Alfortville vaut le coup, rien que pour la beauté du lieu. Une ancienne fabrique sans doute, dont la matière brute a été conservée intacte. Les poutres et la peinture des murs, les briques, tout est là et d’emblée nous conduit doucement dans une ambiance authentique.

 

 

Les comédiens nous accueillent lorsque nous arrivons et puis se mettent tous quatre à nous raconter leur histoire. Celle qui leur est arrivée ensemble, car ils sont un groupe d’amis, soudés, évoluant dans le même monde, avec les mêmes connaissances, les mêmes buts ou non buts… un milieu artistique, décadent, border line, où l’on meurt aussi, parfois prématurément.

 

Ils nous raconte « elle », cette amie commune qui a réussit, alors qu’eux galèrent, et qui les invite un jour, dans sa résidence où elle vient de se faire construire une piscine.

Mais voilà c’est rapidement l’accident, et nos quatre compères vont profiter d’« elle », et tenter de l’abaisser, de la dominer, de la contrer dans sa réussite toute narcissique, eux qui sont transportés de jalousie et de bassesse.

 

 

Un drame burlesque, très bien joué par quatre comédiens dynamique, drôles et justes, une mise en scène surprenante et loufoque, en soi un bon moment à partager au bord de la piscine, et un petit questionnement sur l’art contemporain et ses dérives…

« Manhattan Medea » de Dea Loher


Mise en scène Sophie Loucachevsky

 

Avec Anne Benoit, Marcus Borja et Christophe Odent

 

Scénographie Jean-Pierre Guillard, video Fred Koenig, musique Marcus Borja

 

Quelques mots sur l’auteur, Dea Loher une allemande voyageuse qui s’inspire du monde qu’elle parcourt pour écrire… Elle nous présente ici une Médée à l’américaine, exilée avec Jason à New York. Cela prend un joli sens contemporain et donne un goût réaliste à notre mythe séculaire. Exilés, pauvres, perdus, désespérés… S’aiment-ils encore ou bien le besoin de s’en sortir est-il plus fort ? Un texte rude et cru, efficace mais imagé.

 

Dans son drame Médée, trahie par Jason qui va épouser une jeune femme riche, et par la même enlève leur enfant, se fait aider par un personnage mi- homme, mi-femme, mi musicienne – mi-sorcière, mi sourde : Deaf Daisy, jouée par l’incroyable Marcus Borja. Il a une présence de comédien et une richesse de jeu que l’on voit trop rarement au théâtre. De plus c’est un musicien hors pair qui nous ravi avec son accordéon et sa voix toute enjôleuse. Il joue aussi le subtil, Velasquez le peintre – groom – noir mais blanc, encore un personnage à la lisière de plusieurs univers.

 

Il est à la fois fragile et puissant, extrêmement créatif et original, c’est une vraie découverte pour moi. Certains portent ainsi à merveille le travestissement en femme, et créent ainsi une ambiguïté toute érotisante. Un comédien et musicien à suivre, assurément.

 

A la Colline jusqu’au 20 février 2010

09/02/2010

A COURT DE FORME 2010

Je vous conseille un petit festival sur lequel je vais me ruer :

A COURT DE FORME
du 9 au 27 février 2010
Théâtre de l'étoile du nord
16 rue Georgette Agutte 75018 PARIS

Des formes courtes, des formes
très courtes, des auteurs,
des acteurs, des créations,
des danseuses, des amis,
des rencontres, des chansons,
des idées, des spectacles que
vous adorerez, des spectacles
que vous détesterez.

A Court de Forme
est un état des lieux, explosif


10 € LA SOIRÉE (TARIF UNIQUE)
PASS : 24 € (entrée libre et illimitée à l’ensemble
d’A COURT DE FORME)

RESA : du lundi au vendredi de 14h à 18h sur place et
au 01 42 26 47 47 (et le samedi en période de spectacle)

 

plus d'infos ici

06/02/2010

« Sho-bo-gen-zo » de Josef Nadj

 

Théâtre de la Bastille du 18 au 28 janvier 10

 

 

Avec Cécile Loyer et Josef Nadj

 

Musique Joëlle Léandre et Akosh S.

 

 

« La vraie loi est le trésor de l’œil » signifie poétiquement le titre en japonais.

 

Cette petite pièce chorégraphique de Josef Nadj s’ouvre en effet sur un tableau tout japonais. Un empereur masqué sur un trône entre, poussé par une femme masquée en grand kimono blanc. S’élancent en même temps les sons organiques et chamboulants du duo Léandre-Akosh S qui nous font tressaillir rapidement, tant ils collent au corps.

 

Des gestes, des mouvements, inspirés du Butoh, une rivalité toute figée, et des petits trésors sortis des manches… les deux personnages s’affrontent sans se toucher. Le premier tableau donne le ton.

 

Ensuite du pur Nadj, des petites saynètes s’enchaînent, difficiles à décrire, car chacun doit se raconter sa propre histoire au fil des mouvements, des saccades des corps, des roulements d’yeux ou haussements d’épaules, et nos deux duos s’écoutent et s’observent, pour nous délivrer ce qui ressemble à des duels harmonieux. De nouveau en costumes de ville, jouant avec de la paille ou avec les cordelettes du décor, cet homme et cette femme, très beckettiens circulent, s’agitent, dansent, aspirent, inspirent, rient ou pleurent, à l’intérieur et résonnent définitivement, autant avec la musique invraisemblable (du free jazz que je vous conseille de découvrir) qu’avec nos cœurs en suspend.

 

 

Japonais ce Sho-bo-gen-zo ? Peut être, ou pas, car Josef Nadj s’inspire de toute façon du butoh pour sa danse, mais il est vrai qu’il tente par là de nous transmettre à son tour, peut être en mêlant les cultures, lui venant de l’Est, nous occidentaux, un peu d’orient, avec cette musique qui aurait ses racines aux etats unis, une forme de langage universel.

 

 

Encore un merveilleux moment qu’il est compliqué de retracer avec des mots, puisque tout semble justement s’en passer dans cet univers Nadjien !